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28/06/09
The devil you know
HEAVEN AND HELL
 
Les sentiments les plus ambivalents habitent forcément le fan de BLACK SABBATH version DIO avant l’écoute de The Devil You Know, signé par l’avatar HEAVEN AND HELL.

Il y a d’une part l’excitation et l’espoir de ressentir des émotions similaires à celles éprouvées en 1980 et 1981 à l’écoute des albums Heaven and Hell et Mob Rules ; le DVD Radio City Music Hall : live ! avait fait monter la tension d’un cran, tant la qualité des prestations scéniques époustouflait. Mais il y a d’autre part l’angoisse de la déception, comme ce fut le cas avec Dehumanizer, album (trop) carré de 1992, avec trop peu de bons titres, desservi par une production sans nuance.

Le bilan verse très largement du côté positif. Commençons toutefois par les rares bémols.
Tout d’abord, messieurs IOMMI, BUTLER, DIO et APPICE ne peuvent plus prétendre comme en 1980 réinventer un Heavy Metal forgé à partir de 1970 par le SABBATH avec OZZY.

L’album Heaven and Hell établissait de manière éblouissante une synthèse - jamais égalée depuis - de la concision des années 80 et des velléités harmoniques des années 70 (chœurs grandioses, passages acoustiques). Depuis, la recette a fait florès et HEAVEN AND HELL peut juste prétendre être à la hauteur de sa propre histoire. L’effet de surprise est donc absent de cet album.

La principale critique concernant The Devil You Know porte sur l’agencement des titres. Petits rappels : des titres rapides ouvraient magistralement les albums Heaven and Hell et Mob Rules (respectivement Neon Knights et Turn up the Night). Ici, il faut attendre le septième morceau, en l’occurrence le terrassant Eating The Cannibals, pour que le tempo s’emballe. C’est d’autant plus dommage que cette composition s’avère une véritable tuerie et qu’elle aurait constitué une entame absolument irrésistible.

Ces critiques relatives une fois posées, The Devil you Know s’affirme comme un album de grande classe, intégrant facilement le panthéon des albums majeurs de BLACK SABBATH (cessons s’il vous plaît l’hypocrisie).
Les compositions ne sont pas simplement d’habiles récitations métalliques par des experts du genre ; elles sont véritablement brillantes et passionnantes, pour certaines au niveau des deux albums des années 80 (c’est dire !). Le quatuor évite l’écueil qui plombait Dehumanizer, à savoir l’absence de subtilité et de contraste, à l’époque sacrifiés au profit d’une efficacité au final lourdingue. Pierres angulaires de la musique de BLACK SABBATH, les riffs du seigneur IOMMI sont de trois ordres : les riffs écrasants et majestueux à la Heaven and Hell (Atom and Evil, The Turn of the Screw, Breaking into Heaven), les riffs laminoirs qui semblent s’enrouler autour d’eux mêmes à la Falling off the Edge of the World (Fear, Double the Pain, Eating the Cannibals), les riffs acérés et nerveux à la Neon Knights (Bible Black après néanmoins 1’30 de douceur acoustique, Rock’n’Roll Angel). Epiques, ultra Heavy, très mélodiques (surtout les refrains qui rappellent parfois DIO, le groupe) : tous les titres déroulent avec brio l’évangile du Metal.

Mais que seraient d’excellentes compositions sans des musiciens inspirés ? En l’occurrence, les quatre grands pères sont carrément au taquet et donnent dans le magistral.
Ronnie James DIO ne se contente pas de gronder, il module et compense une fort compréhensible perte de subtilité dans son registre par des variations toujours judicieuses.
Non content des riffs monstrueux, le seigneur IOMMI délivre des soli divins, très construits et en même temps plein de ce feeling bluesy qui ne l’a que rarement quitté ; les notes tenues alternant avec des staccati redoutables.
Vinnie APPICE jette dans la mêlée sa puissance et sa capacité à dynamiser les rythmiques les plus simples.
Mon préféré du lot a toujours été le très sous estimé, l’immense Geezer BUTLER dont les lignes de basse sont absolument dantesques. Ce type possède la capacité rare d’appuyer à la fois le jeu de batterie, les rythmiques d’IOMMI et de broder en lead. Ses parties à la fois mobiles et ultra Heavy secouent carrément l’axe de la Terre !


Conclusion ? Genoux à terre, mécréants, et rampez pour vous procurer The Devil You Know, pas par nostalgie, mais bien pour le frisson encore vivace du Metal le plus pur.
Alain
Date de publication : dimanche 28 juin 2009