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21/04/14
Tales
TRIBUNE
 
Elder Lore / The Dark Arts (2012), précédent long-format de TRIBUNE, s'étant révélé une excellente surprise, l'annonce de la sortie de Tales suscitait de légitimes espoirs. Ce nouvel album, paru lui aussi via le label indépendant Corpse Corrosion Music, bénéficie d'une présentation valorisante, reproduisant la couverture d'un ouvrage apparemment fort ancien. Ce choix semble particulièrement approprié s'agissant de musiciens revendiquant de très nombreuses influences littéraires, mentionnées dans les crédits d'un livret où les titres des plages sont énumérés dans une table des matières, comme autant de contes (« tales »).

Dès le morceau éponyme, nous retrouvons les éléments caractéristiques du style de TRIBUNE. Soutenu par une rythmique pesante, Tales voit ainsi Bryan BAKER alterner les parties en chant clair, mettant en valeur son timbre très agréable, et les passages en growl. Sur ce titre, la potion Thrash / Death concoctée par nos Canadiens est tempérée par des guitares lead plutôt mélodiques. Il convient cependant de ne pas se méprendre : si The Butterfly Effect, par exemple, présente une ambiance générale moins lourde que nombre d'autres plages (Red Crescent, Horror), l'intervention de cris de gargouille a tôt fait de ramener le titre au bercail.

Malgré la très nette continuité observée entre les deux albums, on remarquera que le groupe s'ouvre à des influences inédites. Tempo élevé, usage du growl et recours à la double pédale apparentent autant From Funeral To Funeral au Thrash qu'au Speed Metal. Apparaissent également des aspects Heavy Metal, résultant de lourds riffs (King Of Ithaca) ou de parties de guitare lead tranchant avec une introduction oppressante (That Bleakest Shore).

Examinons enfin la forte dimension littéraire du disque, en premier lieu à travers ses références les plus aisément identifiables. Ainsi, Insectoïd est inspiré de La Métamorphose (Franz Kafka). Changé en un insecte monstrueux, le narrateur subit un sort aussi incompréhensible qu'inéluctable (« A thing that should not be / A fate I cannot flee »). Il est rejeté par sa propre famille (« betrayed by my own kin »), qui lui inflige un coup fatal (« deathblow ») en projetant de se débarrasser de lui. Les derniers vers du morceau se révèlent tragiques : désespérée, la créature comprend qu'elle va mourir dans sa chambre, où elle a trouvé refuge (« This is where they will find me dead / In a dark room underneath a bed »). King Of Ithaca résume quant à lui très brièvement L'Odyssée (Homère), épopée narrant le retour d'Ulysse à Ithaque, tandis que les innombrables amateurs de la série télévisée Game Of Thrones n'auront pas manqué de relever l'allusion aux « seven kingdoms » contenue dans Tales.

Afin de compléter cet inventaire qui ne prétend nullement à l'exhaustivité, citons encore deux écrivains convoqués par les musiciens de TRIBUNE : il s'agit de H.P. Lovecraft, dont la nouvelle L'Abomination de Dunwich est évoquée dans Horror, et de Robert E. Howard, auteur des aventures d'un Conan le Barbare mentionné dans Red Crescent. Ajoutant une extraordinaire richesse littéraire à un propos musical plus développé que celui de son prédécesseur, Tales constitue ainsi un album en tout point passionnant.
Chouman
Date de publication : lundi 21 avril 2014