14 / 20
11/12/15
Dark ages
Embersland
 
L’Espagne est un pays à part sur la scène metal européenne. En effet, ce petit bout de terre situé au sud-ouest de l’Europe a été à l’origine de très bonnes surprises comme des plus mauvaises au niveau musical. Dans la seconde catégorie nous retrouvons souvent des groupes évoluant dans le power metal, un sous-genre très prisé mais qui peut vite se retourner contre les musiciens qui le choisissent, ce style étant très exigeant du point de vue de l’interprétation et de la composition. Parmi les combos qui ont réussi à transcender cette musique si particulière on peut retrouver notamment les galiciens de MÄGO DE OZ ou le projet ALQUIMIA d’Alberto RIONDA (d’AVALANCH). Et inversement, il y a aussi quelques formations qui se sont vraiment laissées aller et qui n’arrivent à redresser la barre pour ne pas chavirer, comme DARK MOOR, qui fût naguère un espoir de la scène espagnole et qui, aujourd’hui, n’est plus qu’une ombre errante tentant encore tant bien que mal de proposer un power symphonique de qualité mais qui en est très loin, malheureusement.

L’exemple du sextet que je vous présente aujourd’hui est quelque peu différent. Fondé en 2009, EMBERSLAND a mis plusieurs années pour mûrir à la fois musicalement et humainement. Ce n’est qu’en 2013 que les catalans sortent leur premier opus, intitulé Sunrise. Ce dernier, bien que possédant une certaine fraîcheur, manquait cruellement d’énergie et de solidité. Du coup, deux membres du groupe s’en sont allés vers d’autres horizons (la claviériste Luana CUENCA et le batteur Damián GARCIA) et ont été remplacés par le second vocaliste et guitariste Xavi CAO, qui se colle désormais aux claviers, et le frappeur de fûts Roger. Par ailleurs, EMBERSLAND s’est décidé à embaucher une chanteuse du nom de May. Depuis 2014, la formation semblant assez stable, s’est lancée manu militari dans la création et l’enregistrement d’un nouvel album, Dark Ages.

Celui-ci est plus développé et plus fourni, avec des idées plus intéressantes et une production plus propre. Par ailleurs, les échanges entres les voix claires et gutturales apportent un plus indéniable, d’autant que cela induit une atmosphère duale entre lumière et obscurité, qui colle parfaitement au thème général de l’album. Et ceci surtout grâce au joli timbre de May, parfait contraste avec celui de Will. Les meilleurs morceaux ne sont pas forcément les plus longs. Sunrise (Part II), pour ne citer que lui, ralentit inutilement le rythme et alourdit l’ambiance. Les six essaient péniblement d’atteindre le niveau d’un Decipher (AFTER FOREVER) tout en se construisant timidement une identité personnelle et unique. Bien que l’ensemble soit agréable à l’écoute et l’interprétation carrée, il manque quelques éléments qui auraient permis à la formation de s’en sortir plus honorablement. A commencer par une certaine fougue qui aurait eu une incidence positive sur le son du disque, celui-ci manquant de verve et de lourdeur. Il y a aussi le défaut de puissance chez les deux vocalistes. Le chant est poussif et la technique n’est pas là, ce qui est dommage. Les compos donnent l’impression de déjà-entendu et leurs influences sont toujours trop présentes (DREAM THEATER, NIGHTWISH, CHARON, entre autres) et trop nombreuses, ce qui rend leur metal parfois indigeste. Enfin, le son est assez faiblard et ne met pas extrêmement les musiciens en valeur.

Cependant, il n’en reste pas moins que les barcelonais ont évolué depuis leurs débuts et surtout depuis Sunrise. La pause de deux ans et les modifications dans la constitution du groupe leur ont été bénéfiques en leur redonnant confiance et engouement dans ce qu’ils font. Il leur faudra un troisième album pour confirmer leur potentiel et acquérir définitivement une empreinte personnelle que les fans de power metal symphonique apprécieront. Pour l’heure, si vous aimez le mélange de la délicatesse toute féminine et de la puissance ténébreuse masculine, n’hésitez pas à découvrir cette formation ibérique, certes encore assez maladroite dans son approche du style musical, mais qui a beaucoup à offrir, notamment une bonne dose de sincérité et de musicalité. EMBERSLAND n’est pas le groupe de l’année mais se révèle être une sympathique découverte parmi les nombreuses sorties du même genre en 2015. Encore un peu de travail et les espagnols pourront espérer se faire une belle place sur une scène sud-européenne déjà très étoffée. Affaire à suivre...

Line-up :

May (chant)
Will SARMIENTSKI (chant)
Jimmy SÁNCHEZ (guitares)
Xavi CAO (guitares, claviers, vocaux)
Victor CAO (basse)
Roger (batterie)

WTF...Fuck Off !
Jan
Date de publication : vendredi 11 décembre 2015