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07/06/16
Walls of insanity
SILVERTRAIN
 
En 1981, le seul moyen de lire des articles sensés sur le Hard Rock était d'acheter le magazine Rock généraliste Best. C'est dans ses pages que j'ai croisé pour la première fois le chemin de SILVERTRAIN via un article (baptisé Petits durs, qui évoquait aussi TRASH, WARNING et SCENARIO) et des pages de publicité pour des tournées (notamment une en compagnie de BADGE). Leur premier album, Which Platform Please ?, était paru en 1979 et leur actualité consistait en des tournées et en un 45 tours, Keep The Flame. Leur look total SCORPIONS était par ailleurs assez marquant. Mais le groupe avait purement et simplement disparu par la suite.

Jusqu'à un étonnant retour discographique en 2014 sous la houlette du chanteur Philippe YBORRA, avec à la clé un album sans titre. Il s'agissait clairement d'un nouveau départ puisque le sieur YBORRA remet le couvert avec une formation renouvelée qui livre ce Walls Of Insanity de fort bonne facture. Notre fort tenace vocaliste a très bien su éviter le double écueil de la confiserie nostalgique et du reniement au modernisme forcené. En 2016, SILVERTRAIN ne cherche pas à faire revivre son passé et s'offre même un son impeccable, puissant et limpide. Pour autant, les compositions relèvent intrinsèquement d'un Hard Rock classique, dont la formule fut justement cristallisée à la charnière des années 70 et 80.

En fait, la réussite de cet album réside dans la qualité des compositions et des arrangements. Le mid tempo d'ouverture, Rock Or Burn, m'évoque un RATT qui aurait emprunté une armure rutilante à ACCEPT période Metal Heart, comparaison valable pour Metempsychosis et Burning Land. Le nom de SCORPIONS (période Love At First Sting et Savage Amusement) vient également à l'esprit. Les riffs saccadés de Walls Of Insanity et le train enlevé adopté sur Raptor's Mind et Fly Towards The Stars évoquent également le combo allemand, voire le Speed Metal, avec une touche de mélodicité en plus. En fait, au-delà de leur variété, tous les titres offrent ce double visage partagé entre Heavy Metal chromé et Hard Rock aussi acéré que séduisant. Le virevoltant Redemption fusionne Hard mélodique et tendances néo-classiques.
Une attention particulière a été apportée aux arrangements vocaux, appuyant subtilement les lignes de chant du sieur YBORRA, dont le timbre nasal me paraît attachant mais peut dérouter certains auditeurs. Ajoutons également que les interventions de la guitare solo sont superbes de bout en bout, maintenant en permanence un équilibre entre technicité et musicalité. A propos de musicalité, notez que Mike LEPOND, bassiste de SYMPHONY X, intervient sur trois titres avec le brio qu'on lui connaît. Le guitariste de Blues Rock Fred CHAPELLIER intervient pour sa part sur Pacte De Sang, seul titre chanté en français, sonnant malheureusement trop simple, voire daté, pour convaincre complètement.

Mise à part une légère baisse de forme sur Pacte De Sang, cet album s'avère être très convaincant et plaisant, suscitant des écoutes répétées. Avec une telle réussite, Philippe YBORRA a définitivement gagné son pari artistique et peut sans nul doute inscrire la trajectoire de SILVERTRAIN dans une perspective de long terme.
Alain
Date de publication : mardi 7 juin 2016