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29/12/16
Ego death
FACES OF THE BOG
 
Savoir combiner la lourdeur avec une capacité à créer des espaces et des nuances : voilà qui difficile, exigeant, comme toute tentative de conciliation des contraires. Or, c'est ce que parviennent à réaliser les quatre barbus originaires de Chicago.

Ainsi que l'indique nettement le très bel artwork, les FACES OF THE BOG développent une dimension spirituelle et spatiale, avec une tendance assez nette à recourir à des sonorités psychédéliques. Lesquelles entrent en contraste avec des rythmiques tendues, épaisses, au rendu granitique proche du Sludge : la section rythmique travaille à la fois l'épaisseur, la lourdeur, la souplesse et le groove, tandis que les deux guitares alternent riffs sévères et massifs d'une part, torsions frôlant la dissonance d'autre part. Les deux complices ès six cordes se calment lors des séquences plus posées afin de créer des ambiances aux mélodies troubles.
Le tout crée un substrat instrumental extrêmement puissant et contrasté, parfaitement mis en valeur par une production vivante et par un mixage précis et puissant.

Les deux guitaristes se partagent les vocaux avec à la clé deux registres. Le premier, majoritaire, est rauque et exprime de la colère et de la douleur, évoquant fréquemment NEUROSIS. De manière assez attendue, le second est en chant clair, considérablement plus mesuré et apaisé.

Si la majorité des compositions demeure relativement ramassée, trois d'entre elles imposent un gabarit plus imposant : The Serpent And The Dagger (9'30''), Ego Death (10'30'') et le titre de clôture, le magistral Blue Lotus (11'30''). Dans de tels formats, le groupe a automatiquement plus de latitude à la fois pour alterner les séquences multiples et pour leur laisser le temps de se développer, selon un mode presque progressif (sans démonstration technique inutile cependant). Des sommets d'intensité côtoient des ambiances délicates dans lesquelles s'introduisent des reptations mélodiques et rythmiques qui se déploient en ignorant la ligne droite.

S'agissant d'un premier album, qui plus est autoproduit, on ne peut que saluer la qualité de Ego Death et on se permettra humblement d'inciter FACES OF THE BOG à pousser plus avant ses agencements superbement contrastés.
Alain
Date de publication : jeudi 29 décembre 2016