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14/01/17
Archetypes
CYANNA MERCURY
 
L'économie grecque est assurément mal en point mais la scène musicale hellène me semble dans une forme retentissante, comme le démontre avec assurance CYANNA MERCURY. Après plusieurs formats courts sortis de puis 2014, le quintette a auto produit son premier album, avec un résultat formel impeccable, le son était riche et vivant, le mixage garantissant un juste équilibre entre des éléments contrastés et foisonnants. Du point de vue stylistique, le groupe revendique l'étiquette de Folk psychédélique, ce qui n'est pas erroné mais ne saurait pour autant prétendre à définir de manière exhaustive le propos musical du groupe.

Une chose est certaine, les sources d'inspiration de CYANNA MERCURY sont à chercher dans le Rock et la Pop psychédélique de la fin des années 60, sans que cela exclut des apports différents (musique traditionnelle grecque), voire plus récents (une tension dramatique propre au Rock gothique).
Premier indice, les guitares se font acides, même les mélodies produites s'avérant troubles ; s'entrelacent des incises venimeuses et des dentelles mélodiques.
Second indice, le chant assez grave et surtout habité, qui rappelle inévitablement Jim MORRISON des DOORS ; sur un morceau aussi hanté que The Lunatic, les vocaux se font carrément possédés, passant de l'expressivité à l'expressionnisme (jugez plutôt : cliquez ici). On retrouve un engagement plus intense également sur le très carré Snake.
Sur le court Apollo, le format piano, voix profonde et phrasé solennel peut évoquer Nick CAVE.
Troisième indice, le spectre sonore est savamment enrichi par des claviers vintage qui peuvent tour à tour enrichir subtilement un fond sonore ou au contraire se montrer conquérants au premier plan. Dans ce dernier cas de figure, le titre Lilith sonne exactement comme un tube de l'ère psychédélique, avec une dimension vocale Rhythm'n'Blues délectable. Qui plus est, la qualité de la composition et des arrangements de ce morceau en particulier le rend aussi percutant et irrésistible que Somebody To Love de JEFFERSON AIRPLANE ou Venus de SHOCKING BLUE !

Cependant, en termes de composition, CYANNA MERCURY ne vise pas uniquement une efficacité mélodique, loin s'en faut. Ainsi, There Will Be A Time développe une ambiance intime (voix profonde et grave à la Johnny CASH, percussions discrètes, guitare délicate) mais aussi presque religieuse (orgue, chœurs angéliques) : les amateurs de feu Jeff BUCKLEY apprécieront (cliquez ici) ! Avec davantage de pression rythmique, Nothing We Can Do et If We We're Blind (cliquez ici) s'inscrit dans une même veine lyrique.
Ode To The Absent Father possède par contre cette raideur froide propre au Rock gothique.
La variété est donc présente au sein même d'un cadre sonore cohérent, ce qui, combiné à une interprétation vivante, nous donne un premier album passionnant.
Alain
Date de publication : samedi 14 janvier 2017