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07/04/17
Endure and survive (infinite entanglement part 2)
BLAZE BAYLEY
 
« Tu ne peux voyager sur un chemin sans être toi-même le chemin. »

(BOUDDHA)

Cette réflexion du plus sage des êtres humains ayant existé sur cette planète reflète bien le périple solitaire de William Black, le personnage créé par Blaze BAYLEY pour sa trilogie musicale SF, dont la première partie a vu le jour l’année dernière. En effet, après avoir découvert sa particularité, celle d’être le seul homme à pouvoir vivre plus de mille ans, ce qui l’a poussé à s’interroger sur sa nature, et d’avoir été envoyé en mission à travers la galaxie par une organisation secrète, William Black est désormais sur le point d’atteindre sa cible principale, une planète sur laquelle il devait, lui semblait-il, atterrir sur ordre de son commandement. Mais, après une longue odyssée, seul et perdu dans ses souvenirs, il se voit intimer le fait de ne pas accomplir ce pourquoi il a été choisi et propulsé dans l’espace intersidéral, laissant les siens derrière, le QG l’abandonnant à son triste sort, ce dont il se rend péniblement compte et un sentiment de vengeance et de colère surgit en lui à la suite de cette trahison infâme de la part de ses semblables. Durant ce trajet universel, William s’est rendu compte qu’il ne pouvait le supporter et, finalement, survivre qu’à la condition sine qua non de lâcher totalement prise et de devenir lui-même le chemin, changer du tout au tout, afin de pouvoir s’en revenir et de faire expier les transfuges qui l’ont littéralement envoyé tout droit vers une Mort certaine.

Voilà, à peu de choses près, l’intrigue de ce second volet de la saga de l’Intrication Quantique, qui parle justement de cette persévérance nécessaire à sa propre conservation, telle que l’indique le titre d’ouverture éponyme, Endure And Survive, peu importe la forme qu’elle puisse prendre. Pour William, cette méthode se caractérise par une fuite en avant à très grande vitesse qui lui permet de se détacher de ses pensées destructrices en étant uniquement dans l’instant présent tout comme une fusée a besoin d’une accélération fulgurante à 40233 km/h pour se libérer de l’emprise de la gravité terrestre (Escape Velocity). Ici, le personnage évolue encore plus rapidement, les plans temporels se mélangeant dans son esprit et c’est à ce moment exact qu’il ne fait plus qu’un avec la personne qu’il aime, même si cette dernière n’est déjà plus depuis bien longtemps, mais leur Enchevêtrement Infini, lui est éternel et, ainsi, ils ne sont plus qu’une seule entité à part entière, un seul être de chair et de sang (Blood). Le reste s’enchaîne sans que William ne puisse contenir ses sentiments à l’égard des hommes qui l’ont laissé pour compte dans le vide cosmique après avoir déblatéré des mensonges (Eating Lies) pour le pousser dans une circumnavigation suicidaire (Destroyer) avant de prendre conscience de son avantage d’être celui qu’il est (Dawn Of The Dead Son) et de se rappeler des moments les plus agréables de sa Vie, des moins plaisants également (Remember). Cette énergie retrouvée lui permettra ainsi de se défendre (Fight Back), en réalisant que, bien que le monde puisse ne pas toujours tourner très rond (The World Is Turning The Wrong Way), c’est uni(e)s que nous pouvons déplacer des montagnes, ici le soleil (Together We Can Move The Sun).

Il ne s’agit, par conséquent, pas exclusivement, ici d’intrication quantique stricto sensu, mais aussi et surtout d’intrication spirituelle et de recherche d’une force intérieure pour lutter contre l’adversité. Une sorte de confession de la part de Blaze BAYLEY qui a fait de sa fiction un exutoire en se transposant lui-même dans cette allégorie intemporelle de l’impermanence existentielle (« Tout ce qui a un commencement a une fin. Sois en paix avec cette vérité et tout ira bien » - BOUDDHA) en utilisant un avatar imaginaire personnifié par le capitaine William Christopher Black. Du moins, c’est ce qu’il est possible de ressentir en s’imprégnant des textes rédigés par l’ancien vocaliste d’IRON MAIDEN et de la façon dont il les interprète.

D’un point de vue musical, Endure And Survive s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur, c’est à dire un heavy metal plutôt simple mais efficient. Cela dit, il a été mieux mixé et l’on se retrouve face à un équilibre plus solide entre les instruments et entraîne, de ce fait, une plus grande fluidité dans l’alternance des chansons. L’atmosphère est légèrement plus sombre que sur Infinite Entanglement de par les thématiques de la fourberie et de la Mort, qui teintent le tout d’une pointe de mélancolie, quand bien même les compositions se veulent pleines de verve. Toutefois, la voix de Blaze se remplit régulièrement d’une certaine émotion, notamment dans les passages les plus calmes (Eating Lies, Remember, Together We Can Move The Sun), mais également de hargne sur les chansons plus agressives (Blood, Destroyer, Fight Back), sans toutefois en faire trop. Grâce à lui, les titres sont plus lyriques, presque opératiques, ce qui colle parfaitement à l’image de cette suite cinématique. Côté groupe, Chris est toujours égal à lui-même et nous a concocté des riffs plus aiguisés, tel que celui de Escape Velocity, pour lequel il en a vraiment bavé et des parties plus ou moins novatrices. La section rythmique est, elle aussi, très dynamique, insérant ici et là des syncopes, ici et là des accélérations, en étant à 100% au service des morceaux et des mélodies assez proches de celles que MAIDEN pourrait encore utiliser, cela avec une approche toute personnelle de la part de Blaze et ses comparses.

Les britanniques n’ont pas hésité non plus à rajouter des narrations et des bruitages pour approfondir les ambiances obscures, reflets des pensées et ressentis du personnage central lorsqu’il découvre la supercherie dont il a été victime. Ainsi, Endure And Survive gagne en théâtralité et en intérêt, nonobstant le fait que Infinite Entanglement était peut-être plus frais dans son essence et un tantinet plus séduisant sur le fond et la forme. Endure And Survive, quant à lui, de par sa position dans la trilogie ne surprend pas, bien évidemment. L’effet de surprise est absent ce qui déçoit un peu. Cependant, le tout reste à un niveau plus qu’acceptable et peut aussi réjouir si l’on met de côté les bombastiques Silicon Messiah et Tenth Dimension, qui étaient un à deux crans au-dessus qualitativement parlant. Cela dit, les quatre mousquetaires se sont très bien débrouillés et le résultat est très bon, même si l’excitation des débuts a laissé place à une réaction relativement plus attentive qui amène la personne qui écoute ce second album de la saga de William Black a se plonger plus viscéralement dans l’intimité de l’astronaute, de sa conscience et de la structure des chansons. C’est, d’ailleurs, la plus grande réussite de ce nouvel opus : fidéliser les auditeurs en les captivant davantage qu’avec son devancier tout en liant les deux parties par une simple phrase chuchotée dès les premières secondes du titre Endure And Survive qui est l’intitulé de la composition clôturant Infinite Entanglement, Shall We Begin (ainsi qu’avec une nouvelle pochette aux couleurs de la première même si utilisant des teintes chromatiques plus ternes). Ces deux rondelles très savoureuses donnent sérieusement envie de découvrir la troisième galette. Malheureusement, il nous faudra encore patienter un peu moins de 48 semaines pour nous emplir les esgourdes de nouvelles mélopées que seuls Blaze BAYLEY, Chris APPLETON et Michelle sciarrotta nous ont offertes depuis 2016. Endure And Survive est un témoignage fort émouvant qui ne laisse pas indifférent(e) celle, ceulle, celui qui l’écoute. Notamment parce qu’il y a de belles ballades (Eating Lies, Remember, Together We Can Move The Sun et ses accents progressifs), que la production est claire et puissante et que la totalité des musiciens ayant contribué de près ou de loin à Endure And Survive, dans une grande cohésion, ont mis en place un album fort et passionnel, qu’il serait bien criminel de rater, d’autant plus si vous suivez Blaze depuis ses débuts avec IRON MAIDEN. Le quatuor a, tout simplement, atteint la quintessence de son art par le saisissement de sa musique, qui donne, ponctuellement, des frissons et nous invite à l’introspection. Encore un bel exemple de la persévérance d’un artiste maintes fois éprouvé qui est parvenu à éviter les écueils grâce à sa ténacité et son Amour pour la Vie. Chapeau bas, monsieur BAYLEY, ainsi qu’à votre groupe extrêmement soudé. Vous nous avez démontré qu’il est nécessaire d’accepter tout ce qui se présente à soi pour pouvoir survivre et, de cette façon, continuer sa route sereinement.

Line-up :

Blaze BAYLEY (chant)
Chris APPLETON (guitares)
Karl SCHRAMM (basse)
Martin MCNEE (batterie)

Guests :

Liz OWEN (chœurs)
Melissa ADAMS (chœurs)
Joanne Key ROBINSON (chœurs)
Luke APPLETON (chœurs)
Michelle SCIARROTTA (chœurs, guitare acoustique, narration)
Rob TOOGOOD (chœurs, narration)
Anne BAKKER (chœurs, violon)
Aine BREWER (narration)
Thomas ZWIJSEN (guitare acoustique)
Corvin BAHN (accordéon)

Equipe technique :

Chris APPLETON (production)
Miguel SECO (enregistrement, mixage)
Ade EMSLEY (mastering)
Andreas SANDBERG (artwork)

Crédits :

Blaze BAYLEY (écriture, composition)
Chris APPLETON (composition)
Michelle SCIARROTTA (écriture, composition)

Tracklist :

1) Endure And Survive
2) Escape Velocity
3) Blood
4) Eating Lies
5) Destroyer
6) Dawn Of The Dead Son
7) Remember
8) Fight Back
9) The World Is Turning The Wrong Way
10) Together We Can Move The Sun

Durée totale : 48 minutes

Discographie :

Avec Blaze

Silicon Messiah (2000)
Tenth Dimension (2002)
Blood & Belief (2004)

Avec Blaze Bayley

The Man Who Would Not Die (2008)
Promise And Terror (2010)
The King Of Metal (2012)
Alive In Poland [Live] (2013)
Soundtracks Of My Life [Best Of] (2013)
Infinite Entanglement (2016)
Endure And Survive (The Infinite Entanglement Part II) (2017)

Date de sortie :

Vendredi 3 Mars 2017


Endure And Survive : cliquez ici

Escape Velocity : cliquez ici



Jan
Date de publication : vendredi 7 avril 2017