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07/05/18
Nine years of blood
CRUACHAN
 
Au moment de rendre compte du contenu de ce huitième album de CRUACHAN, il faut prendre le temps de saluer la persévérance de cette formation irlandaise qui, dès la première moitié des années 90, s'évertue de combiner les vertus atrabilaires du Black Metal et l'héritage musical du folklore irlandais. Autant dire que le groupe n'est redevable à aucun effet de mode mais répond à une conviction profonde et durable. Qui plus est, il a eu le temps de polir sa recette, d'en travailler les équilibres.

Car, plus que jamais sur Nine Years Of Blood, l'identité musicale propre à CRUACHAN se répartit entre quatre domaines.
Le premier tient à la virulence du Black Metal, portée principalement par le chant majoritaire, rauque, aboyé et agressif, quoique toujours suffisamment articulé pour littéralement faire claquer les mots. A noter que, quand les vocaux tentent de s'éclaircir, ils perdent en puissance et en justesse. Dans les moments les plus rapides et intenses, la batterie sait également se faire trépidante, déployant un gros volume de jeu.

Et les guitares, me demanderez-vous ? Elles savent se faire mordantes, proposant systématiquement une accroche très lisible, avec des riffs bien détourés, des mélodies nettes. Mais c'est justement cette clarté systématiquement qui me semble relever davantage du Heavy Metal traditionnel (en mode certes énervé) que des canons guitaristiques du Black Metal. En tout état de cause, la combinaison s'avère on ne peut plus équilibrée entre la vindicte Black Metal et l'acier poli du Heavy Metal.

Reste à savoir comment le groupe a intégré les éléments typiquement celtiques. Deux cas de figures se présentent. Ou les instruments traditionnels (guitare acoustique, flûte tin whistle, bouzouki, mandoline, tambour bodhran, violon) bénéficient de plages spécifiques, ou ils sont mis au service d'arrangements des compositions par nature plus Metal. Dans l'une et l'autre des situations, le résultat demeure probant, à mi-chemin entre le respect des fondamentaux de la musique traditionnelle irlandaise et l'enrichissement des structures Metal.
Enfin, afin de renforcer encore la dimension épique de sa musique, CRUACHAN y adjoint des arrangements orchestraux qui gonflent certaines séquences d'un souffle dramatique on ne peut plus convaincant.

Non seulement CRUACHAN parvient à harmoniser ces apports musicaux – a priori pas tous aisément compatibles – mais le résultat convient à merveille au concept de Nine Years Of Blood, qui s'attache à relater la guerre qui, de 1594 à 1603, opposa des nobles irlandais révoltés à l'occupant anglais. Comme trop souvent dans l'histoire dramatique de la verte Erin, ce conflit s'acheva par la défaite des Irlandais. Quoi qu'il en soit, un tel canevas narratif s'avère propice à des compositions riches en séquences multiples et contrastées. Au gré de la progression de l'album, l'auditeur se trouve fréquemment emporté par des passages haletants mais aussi confronté à des plages plus apaisées. Qui plus est, les titres abondent en mélodies mémorisables et en rythmiques accrocheuses.

Franchement, que pourrait-on demander de plus à un album de Metal épique ? Tel le comte de Tyrone Hugh O'Neill, qui prit la tête de la révolte, CRUACHAN se montre capable de fédérer les adhésions des fans de Black Metal épique, de Heavy et de Power épiques, de Folk Metal... Et, cette fois-ci, la victoire est au rendez-vous !

Vidéos de Queen Of War cliquez ici et de The Harp, The Lion, The Dragon And The Sword cliquez ici
Alain
Date de publication : lundi 7 mai 2018