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11/06/18
The constellatory practice
URFAUST
 
Formé en 2003, ce duo hollandais se caractérise par une démarche artistique farouchement en marge des normes. En voici quelques exemples flagrants. Les enregistrements du projet jusqu'en 2010 affichaient des textes en allemand (comme le nom du groupe d'ailleurs). Dérivé du Black Metal, le style développé par URFAUST jouait avec les nerfs en misant sur un avant-gardisme chaotique. Si URFAUST a multiplié les formats courts (singles, EP, splits), il s'est montré passablement plus parcimonieux avec ses albums puisque The Constellatory Practice n'est que son cinquième album en quinze années de carrière.

Mais quel album ! Toujours aussi résolu à suivre une voie qui lui est propre, URFAUST a progressivement évolué, à telle enseigne que quiconque découvrirait le groupe avec The Constellatory Practice aurait quelque mal à deviner des racines Black Metal. Plus que jamais, le duo privilégie les ambiances solennelles, sans pour autant avoir recours à des effets pompeux ou bombastiques. Au contraire, URFAUST met en place ses atmosphères brumeuses dans la lenteur, en privilégiant nettement les plages instrumentales, lesquelles peuvent être relativement dépouillées ou au contraire résulter d'une accumulation dense de couches superposées évoluant autour de motifs évolutifs, tant rythmiques que mélodiques. La sensation de densité devient troublante, l'auditeur croit perdre ses repères mais il se trouve charrié par ces motifs entêtants qui mènent inéluctablement à l'état de transe. D'autres parties moins chargées permettent d'imposer en douceur une ambiance méditative, presque planante.

Vous l'aurez peut-être compris, les instruments classiques du Metal ne sont pas prioritairement privilégiés. Ainsi, la batterie fait avant tout œuvre de ponctuation dépouillée, austère mais obsédante, comme s'il s'agissait du métronome d'un fatidique destin.
Ne cherchez pas trop des riff, pas plus massifs qu'en trémolo, les guitares apportent des arrangements acides et bruitistes mais ils cèdent ostensiblement le pas aux claviers et autres effets électroniques. Cependant, les riffs et les parties de leads déchirantes s'imposent tout au long des 12'45 de Trail Of The Conscience Of The Dead, titre titanesque qui relève du meilleur Doom Metal, qui plus est relevé par de splendides arrangements d'instruments à cordes.

Quand des vocaux sont présents, ils sont majoritairement clairs, puissants, amples, souvent porteurs d'une majesté qui exclut l'emphase. Parfaitement modulés sur un mode déclamatoire inspiré du chant classique, ils concourent à démultiplier l'effet d'immensité qui prévaut sur cet album.

Au final, on pourrait convoquer les mânes du Doom Metal épique primordial de CANDLEMASS, du Viking Metal de BATHORY, du Drone Doom, de références électroniques et Ambient des années 70 (Klaus SCHULZE, POPOL VUH), voire de musiques électroniques des années 80 et 90. Mais il faut avant tout louer la capacité de URFAUST à créer une synthèse aussi puissamment évocatrice.

Vidéo de Doctrine Of Spirit Obsession : cliquez ici
Alain
Date de publication : lundi 11 juin 2018