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11/09/2018
Hydronaüt
BIGSURE
 
Originaire de Nantes, ce quartette livre son premier album, après de premières années ponctuées par quelques formats courts. Et on peut féliciter le groupe d'avoir attendu suffisamment longtemps pour affiner son style, approfondir son répertoire et affûter son interprétation. En effet, Hydronaüt impressionne par la qualité intrinsèque de ses compositions, par l'ouverture stylistique et par la maîtrise dont font preuve les musiciens. Avant d'aller plus loin dans l'analyse de cet opus, je me débarrasse d'un point qui me paraît, non pas problématique, mais réducteur, à savoir l'étiquette Stoner que j'ai vu accolée à BIGSURE. Je ne sais pas si le groupe revendique une telle affiliation mais, si la référence au Stoner n'a rien d'infamant, elle peut s'avérer réductrice, voire induire certains auditeurs en erreur.

Car la musique de BIGSURE ne se caractérise pas par une profusion de riffs charbonneux, de lignes de basse saturées et de rythmiques comprimées. Par contre, la référence qui convient parfaitement au groupe est celle qui point vers l'univers du Rock psychédélique : voilà la clé de voûte du système musical de BIGSURE. Les compositions de Hydronaüt jouent sur l'espace, la profondeur, sur l'écho et sur les troubles relatifs infligés aux éléments structurés dans ce contexte : riffs, rythmiques, mélodies.
BIGSURE n'aime rien tant que prendre son temps pour développer ses morceaux, pour mettre en place une succession de séquences, avec pour résultat une dramaturgie propre à chaque titre et une captation de l'auditeur, avide de savoir ce qui suit. Au fil des progressions au sein des séquences, le groupe joue à merveille des variations d'intensité, en évitant toutefois le cliché de la montée en puissance qui aboutit à une explosion violente, à des riffs tonitruants ou à des rythmiques aplatissantes. BIGSURE privilégie les nuances, notamment grâce à une section rythmique toute en puissance souple : monstrueuses lignes de basse de Baptiste Elie, frappe précise de Florent Bolo, aussi à l'aise dans le feutré que dans les parties plus affirmées. Une telle assise permet à la guitare de Franck Vieuloup de miser sur le feeling, sur les sons clairs, voire acoustiques, de multiplier les effets psychédéliques, sans oublier des solos expressifs, avant tout axés sur la musicalité et le feeling.

Même si on peut aisément imaginer une collision entre TOOL et l'univers psychédélique, il serait plus juste d'évoquer la fin des années 60 et les années 70 pour définir l'ancrage de BIGSURE. Ainsi, cette guitare souvent bluesy, qui s'exprime par touches, qui fait durer ses notes me rappelle-t-elle les riches heures de David GILMOUR au sein de PINK FLOYD, surtout avec une basse aussi audible et impérieuse en appui ! Le jeu de l'excellent et sous-estimé Steve HILLAGE pourrait être évoqué également. L'évocation de la scène initiale psychédélique et planante se justifie d'autant plus que l'un des quatre musiciens, Alex Bizar, se consacre pleinement aux claviers vintage et à des effets électroniques qui accentuent judicieusement les dimensions spatiale et aquatique de l'ensemble.

Reste à évoquer le chant, prodigué par le bassiste. Posé et clair, presque fragile, il emprunte des chemins un brin torturés et plaintifs, à fleur de peau. Bien que minoritaires dans ces grands espaces instrumentaux d'une telle intensité, les parties chantées représentent des oasis humaines, comme une voix perdue dans l'immensité de l'espace intersidéral.

Très bel album donc, révélateur d'une personnalité affirmée portée par des musiciens brillants. Il serait vraiment dommage de passer à côté...

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Alain
Date de publication : mardi 11 septembre 2018