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05/10/18
3-3-88
ASYLUM
 
Depuis la fin des années 70, une poignée de groupes (SAINT VITUS, THE OBSESSED, PENTAGRAM) tentèrent de faire fructifier l'héritage de BLACK SABBATH, créant ainsi ce qu'on appellerait par la suite le Doom Metal classique. De tous les groupes qui, de la fin des années 80 au début de la décennie suivante, s'évertuèrent, dans une indifférence quasi-générale, à prolonger ces travaux inauguraux (IRON MAN, INTERNAL VOID, REVELATION, LOST BREED, WRETCHED...), UNORTHODOX demeure l'un de mes favoris, bien que n'ayant produit que trois albums studio à ce jour : Asylum en 1992, Balance Of Power en 1994 et Awaken en 2008. Ce que les fans endurcis n'ignore pas, c'est que ce trio connut dans les années 80 deux incarnations successives : OBSTINATION (un album vinyle sans titre sorti tardivement en 1991), puis ASYLUM.

Hormis des démos enregistrées durant la seconde moitié des années 80, ASYLUM n'avait jamais eu les honneurs que d'un album, The Earth Is The Insane Asylum Of The Universe, reprenant six titres d'une démo de 1985. Le précieux label Shadow Kingdom prolonge les exhumations avec dix titres enregistrés le 03 mars 1988. Même si l'on sent que les conditions d'enregistrement n'ont pas été luxueuses, on est plaisamment surpris de constater la clarté et la puissance du son, notamment des riffs et des solos de guitare épais et incandescents. Sans parler d'une basse énorme et d'une caisse claire sèche et pétaradante. Le chant, nasal et austère, demeure volontairement mixé en retrait, produisant toutefois un effet un brin sinistre. Cette approche sonore très live s'avère on ne peut plus pertinente, car lourde, vibrante et totalement sincère. Qui plus est, l'interprétation témoigne d'une maîtrise hors pair pour un trio évoluant dans des conditions presque sans filet, signe que des années de répétitions avait affûté le groupe.

Du point de vue du style, ASYLUM alignait un répertoire marqué par un Heavy Metal lourd, épais, tout à fait compatible avec les critères du Doom Metal classique. Mais jamais ASYLUM (ni UNORTHODOX d'ailleurs) ne se résume à cette référence. En premier lieu parce que le groupe fait preuve à de nombreuses reprises d'une belle capacité à emballer les tempos, voire à complexifier les rythmes. C'est ainsi que Road To Ruin me rappelle furieusement les débuts de RUSH. A contrario, les débuts paisibles de Forgotten Image renvoient à un Blues Rock psychédélique enfumé, même si des épisodes plus puissants jalonnent la composition. De toute façon, le Heavy Metal primitif n'était clairement pas la seule source d'inspiration, puisqu'on songe également aux apports de BLUE CHEER, STEPPENWOLF, voire JAMES GANG.

Une parution sûrement vouée à un public restreint mais précieuse parce qu'elle témoigne de la vigueur d'un groupe qui, plutôt que de prendre en route le train du Speed, du Crossover et du Thrash, parvenait à livrer une version personnelle de l'héritage des années 70.
Alain
Date de publication : vendredi 5 octobre 2018