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11/05/19
Legend master
TROLL
 
Les formations ayant retenu TROLL comme nom pullulent mais le TROLL dont je vais illico vous chanter les louanges nous vient de Portland, Oregon, ne vous trompez pas ! Je confesse avoir entendu parler de leur premier album sans titre paru en 2016 mais c'est bel et bien son successeur Legend Master qui fait office de révélation en ce qui me concerne. Révélation, le terme n'est pas trop fort, si galvaudé soit-il : TROLL possède en effet une très forte personnalité musicale et ne se contente pas d'être excellent dans l'exécution de recettes établies par d'autres, phénomène devenu rarissime par les temps qui courent.

Par commodité, nous dirons que TROLL pratique une sorte de Doom Metal, passablement inspiré par les années 70 en matière de son général, d'arrangements et de style de composition. Explications. A vrai dire, l'étiquette Doom Metal correspond surtout à une propension à mener les choses à un train plutôt lent et à ne pas fuir les rythmiques passablement pesantes. Cela dit, le magnifique riff d'introduction du premier morceau, The Flight Of The Dragonship, s'il est massif et majestueux, m'évoque toutefois une version métallisée d'un plan Blues Rock à la TEN YEARS AFTER (Love Like A Man). Que ce motif soit mis au service d'un son plus raide et d'un contexte relevant de l'Heroic Fantasy n'y change pas grand-chose : TROLL effectue d'entrée de jeu un hold up sur des pans entiers de la toute fin des années 60 et sur la première moitié des années 70. A l'origine, Tony IOMMI n'avait pas procédé autrement : reprendre à son compte les évolutions vivaces du Blues Rock, du Jazz, et de ce qu'on commençait à appeler le Rock progressif, pour les fusionner dans un propos tout à fait unique et personnel. Concernant la dernière appellation, celle de Rock progressif, il ne faut pas l'entendre dans le cas de figure comme un étalage de dextérité instrumentale et de complexité structurelle mais bien comme une liberté laissée dans les structures.

C'est au nom de ce principe qu'une même composition peut comporter des rythmiques lourdes et des séquences plus atmosphériques. Le spectre guitaristique s'étend depuis des riffs énormes et grondants jusqu'à des joliesses acoustiques, des mélodies simples en son clair, des solos à l'âme bluesy. La section rythmique s'y entend pour aller lentement et pesamment mais elle s'anime si nécessaire, avec subtilité toutefois, fuyant toujours le monolithisme. Bien évidemment, les durées conséquentes des cinq compositions – qui s'étagent entre huit et plus de douze minutes – s'avèrent absolument idéales pour un agencement optimal de séquences dont le schéma d'ensemble constitue une invitation au voyage.

Clair, ample et parfaitement modulé, le chant parvient à se montrer tour à tour solennel et puissant, parfois légèrement grondant, ou plus apaisé et intimiste. Au même titre que l'instrumentation, il témoigne d'une volonté de propulser le répertoire de TROLL, et les auditeurs avec, bien au-delà de la simple efficacité terre-à-terre dont se contente l'immense majorité des formations gravitant dans l'univers du Metal.

L'essentiel est bel et bien là : TROLL s'est souvenu que le Heavy Metal peut proposer autrement plus que des décibels défoulatoires et prétendre à une forme de transcendance. C'est pour s'en être souvenu que TROLL côtoie avec ce magnifique Legend Master pétri de mystère et de puissance des aînés aussi illustres que CANDLEMASS (Epicus Doomicus Metallicus), TROUBLE (les deux premiers albums), MANILLA ROAD (Crystal Logic, Open The Gates, The Deluge), PAGAN ALTAR.
Alain
Date de publication : samedi 11 mai 2019