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Chronique
VENOM INC. - Ave

Style : Heavy Metal
Support :  CD - Année : 2017
Provenance du disque : Acheté
11titre(s) - 62minute(s)

Site(s) Internet : 
VENOM INC. WEBSITE

Label(s) :
Nuclear Blast
 (18/20)

Auteur : Jan
Date de publication : 24/11/17
Une œuvre réfléchie, aboutie et remarquable à tous points de vue, épicée, terriblement relevée et judicieusement corsée...
La pénombre commençait à s’installer sur cette plaine verdoyante de la perfide Albion, lorsque trois silhouettes, sorties d’un épais brouillard et géographiquement opposées, se rapprochèrent prudemment, lanterne à la main, illuminant cet endroit désertique et silencieux d’une pâle lueur. Seul le sifflement du vent et les croassements de corbeaux brisaient la paix qui régnait en ce lieu mystique. Après quelques minutes d’une lente procession, les ombres de forme humaine entrèrent en connexion, vêtues d’une longue cape qui couvraient aussi leurs visages, impassibles et d’une extrême gravité. Les trois pèlerins posèrent leurs veilleuses respectives sur ce qui semblait être un autel sacrificiel bâti il y a de cela plusieurs siècles par des maîtres de cérémonies païennes, considérées encore il y a peu comme des libations lucifériennes par les habitants des villages alentours. Les trois hommes se lancèrent des regards scrutateurs, tentant mutuellement de déchiffrer leurs pensées les plus obscures afin de déterminer si leur rencontre avait une chance d’aboutir à une collaboration des plus fructueuses sans que l’un ou l’autre n’abuse les deux autres. Ce bref sondage dans l’inconscient collectif se révéla plein de force constructive quand ils se mirent à vociférer dans un langage mêlant ancien anglais, latin et alémanique, levant les bras au ciel et versant une sorte de liquide rougeâtre chaud et visqueux dans un calice en bois, entouré de pierres précieuses polies, diverses herbes et de la poudre dans les flammes du brasier qu’ils eurent allumé quelque temps auparavant faisant jaillir ainsi des étincelles aveuglantes. Plus le temps s’écoulait, plus les cris se firent violents et des tambours martiaux retentissaient, confirmant le caractère rituel de cette bacchanale ésotérique. L’un des prêtres retira sa capuche et sortit de sa besace un crâne humain, lui ôta la calotte couverte de cheveux éparses et versa dans le calice le contenu sanglant qu’il abritait en prononçant quelques versets diaboliques puis s’écria, les yeux écarquillés, les pupilles dilatées, la sueur coulant le long de son front, le regard dans le vide comme si une entité invisible s’était extraite du néant, dissimulée par la noirceur de la voûte céleste : « Ave, Satanas ! Ave, Luciferi Excelsi ! ». Puis un autre, tout aussi exalté par la présence du Malin, lança benoîtement, « Ô, Roi des Enfers, donne-nous la force dont nous avons besoin pour récupérer notre dû et l’inspiration ultime pour atteindre la quintessence de notre Art ! ». Enfin, le dernier quidam finit par réagir lui aussi, remerciant la Bête de sa malveillance méphistophélique par un flamboyant ‘Pater Noster’, dont voici la transcription exacte :

« Pater Noster, qui es in tenaebris / Sanctificetur nomen tuum / Adveniat rehnum tuum / Fiat voluntas tua, sciut in inferno, et in terra / Forcem nostrum quotidianum da nobis hodie / Et semper dimitte nobis debita nostra / Qui nos offenderunt ut caedes omnia / Et nos inducas in tentationem / Et libera nos a bene ! Amen ! »

Ainsi naquît la nouvelle communauté du Venin. Plus dangereuse et assoiffée de revanche encore que le Serpent originel. Celle-ci faisant suite à l’ancienne légion du même nom dont nos trois suppôts firent naguère partie avant d’être spoliés de leur dû.

Demolition Man, Mantas et Abaddon furent ces trois démons tentés par le Diable qui entamèrent une quête commune de reconquête de leur trône d’acier. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, ils furent célébrés de par le monde au sein de leur groupuscule de choc, du moins pour deux d’entre eux, à savoir Mantas et Abaddon, qui eurent l’immense honneur d’être à l’origine d’un mouvement révolutionnaire au travers de pépites discographiques telles que Welcome To Hell, Black Metal ou At War With Satan, qui permirent à de nombreuses autres hordes ténébreuses de voir le jour au début des nineties, EMPEROR, MARDUK ou MAYHEM. Puis se dévoila l’énergique Prime Evil en 1989 qui permit à Demolition Man, le troisième luron de l’actuel VENOM INC., de remplacer Cronos au chant, ce dernier étant un véritable coquin après avoir escroqué Mantas en 2005, alors unique dépositaire du patronyme du groupe, en le dépossédant de ses droits durant la maladie de sa mère. L’énorme Resurrection, marquant de son empreinte indélébile le tout début du nouveau millénaire, n’ayant pas suffi à souder les ménestrels entre eux.

Peu après cette débandade, Mantas et Cronos mirent en route une douloureuse procédure de divorce et, une fois faite, chacun se remit au travail. Cronos n’a su offrir à ses suppôts qu’un faiblard Metal Black, tandis que Mantas, déjà très occupé avec sa tribu éponyme et son second LP Zero Tolerance, décida à se lancer dans une aventure inédite intitulée M-PIRE OF EVIL, un projet orienté thrash metal, aux côtés de son acolyte quatre-cordiste Demolition Man. Ce n’est qu’en 2012, soit une année après un Fallen Angels venomien aussi insipide que ses prédécesseurs Hell et Metal Black, que le duo britannique immortalisa en studio un honorable Hell To The Holy. S’ensuivit un bon Crucified, suffisamment plaisant pour que divers festivals s’intéressent de près à ce groupe rescapé d’un choc des Titans du blackened heavy metal britannique. Et assez pour que les bookeurs insistent auprès du bassiste pour qu’il y ait une réunion du core line-up de Prime Evil (Mantas, Demolition Man, Abaddon) au moins sur quelques dates. Entre-temps, VENOM se mit à plancher sur son dernier opus en date, toujours peu inspiré, From The Very Depths recouvert d’une hideuse pochette, à première vue réalisée par ordinateur.

Après moultes négociations, les soldats de Prime Evil acceptèrent finalement de se prendre au jeu et de renaître de leurs cendres. C’est ainsi que la triade anglo-saxonne trima corps et âme pour redevenir la Bête qu’elle était à l’époque. Des jours et des heures de sueur furent versés dans le tripotage de guitare, le tapotage de caisse claire, les trifouillage de basse et le grattage de papier. D’un mal nécessaire naquit un bien doré qui brillera si intensément qu’il en occultera les derniers travaux de Cronos et de ses sbires.

Car, en effet, Mantas et ses frères de messe noire n’ont pas du tout à rougir face à l’héritage de leur ancien foyer musical. Ave, leur toute première offrande discographique, est tout à la fois puissante, ténébreuse et créative, ce qui la rend attirante et goûteuse pour les déjà adeptes, comme moi, des morsures douloureuses mais addictives du mamba noir vipérin qu’ils ont précédemment servi de toute leur âme nuageuse.

Dès les premières notes du single Avé Satanas, une chose frappe immédiatement mon esprit émoustillé par cette résurrection inopinée : la production d’un étonnant dynamisme qui se détache de celle de From The Very Depths, trop mollassonne selon moi. Le mixage et le mastering réalisés Mantas lui-même prouvent à quel point il est à la fois rôdé sur ce sujet et profondément déterminé à dépasser en qualité les rigolos de son ancienne « boîte » qui n’arrivent plus à matérialiser un album de la trempe d’un Resurrection, par exemple. Ave dissimule en lui des pépites insoupçonnées qui sont destinées à devenir des classiques, tels que Avé Satanas, Forged In Hell, Dein Fleisch ou bien The Evil Dead. Néanmoins, la petite touche sonique apportée par Mantas est une cerise sur le gâteau de la malveillance qui devance, effectivement, en grandeur les dernières sorties de la ch’tite bande à Cronos.

Après une introduction mariale, qui fait froid dans le dos, la nébulosité de la première piste s’installe au travers d’un court discours méphistophélique rendant hommage à la beauté du diable ainsi qu’à sa grâce angélique d’être céleste déchu. Ce panégyrique laisse ensuite place au redoutable trio qui se lance dans un titre épique à souhait, soutenu par un tempo bien trapu et mesuré, relevé par la rugueuse voix de l’unique Demolition Man. Avé Satanas est une merveille de mauvaises vibrations à la manière d’un Resurrection lui aussi très costaud qui ouvrait également le bal des vampires sur la rondelle du même nom de VENOM. Autant dire que VENOM INC. a voulu se rapprocher de cet hymne apprécié par des milliers de fans à travers le monde, voire même le supplanter. Ce que VENOM INC. a fait haut-la-main. Désormais, il faudra compter sur ce dithyrambe démoniaque pour détrôner son aîné de quasiment une vingtaine d’années.

Lenteur et homérisme ne sont pas les seuls éléments trouvables sur ce disque enflammé. Forged In Hell et Metal We Bleed, aux rythmes plus enlevés, sont aussi de la partie. Bien rentre-dedans et lumineux, ils éclairent temporairement cette bacchanale malfaisante de leur aura rock’n’roll, comme feu MOTÖRHEAD le faisait naguère (purée, cela me fait toujours aussi bizarre d’écrire cela !). Forged In Hell et Metal We Bleed ressemblent à s’y méprendre à du Lemmy KILMISTER pur jus de pamplemousse (parce que c’est survitaminé). Tandis que Dein Fleisch, l’autre single, après un début un olé-olé, aux allures de partie de jambes en l’air dans une sordide cave humide à la chaleur tropicale (parce que l’ambiance, ça ne compte pas pour du beurre), louche du côté de RAMMSTEIN pour les riffs incendiaires et vigoureux, un refrain si typisch du pays des menus bier-und-wurst à volonté dans les gasthäuser de chez nos voisins fans outre-rhénans, et la voix du Demolition Man (tiens, un admirateur de Rambo ?) mimétique avec celle de Till LINDEMANN.

Blood Stained revient à quelque chose de plus viril et traditionnel, successivement mid-tempo et rythmiquement rapide, il peut, par moments, faire penser à du JUDAS PRIEST, notamment et surtout côté guitare, les soli ayant pu être sans problème interprétés par Glenn TIPTON et K.K. DOWNING. Le son aussi y est pour quelque chose. Un clin d’œil à la bande à Rob HALFORD ? Alors que Time To Die renoue partiellement avec le VENOM classique et, donc, le heavy-thrash scandé. The Evil Dead et Preacher Man rappellent le SAXON des années 2000 avec leurs mélodies bluesy. Il s’agit là d’une parenthèse bienvenue avant l’entame de la phase finale de cette bataille métallique du plus bel aloi, concentrée sur le belliqueux War (et ces cris de guerre dignes d’un Azog, « blanc comme un cul », frustré de ne pas avoir chopé le chevelu et têtu Thorin Oakenshield, trop occupé à lustrer ses pièces d’or dissimulé sous sa montagne et à faire le kéké milliardaire devant Bilbon, le cambriolomobbit épicier et son peignoir patchwork hérité de son papy Mougeot), l’anarchiste mais non moins sympathique I Kneel To No God, stoner sur les bords (enfin, de mon point de vue) et l’hyper-pressé du derrière Black’N’Roll, pendant venomien de Overkill et Ace Of Spades. Que du bon, en somme, pour terminer ce qui se révèle être l’une des trois sensations musicales du mois d’août dernier (avec The Rise Of Chaos d’ACCEPT et Stand Your Ground de BURNING STARR).

Loin d’être abattus par le fallacieux tour de passe-passe de l’aigrefin Cronos, Mantas et ses camarades ont prémédité dans leur coin une revanche détonante, qui ne devrait ni passer inaperçue ni laisser indifférent(e) quiconque jetterait une oreille, même furtive, sur ce bijou de metal hybride, oscillant entre heavy, thrash, speed, black et une pointe d’industriel. Comme quoi, la vengeance n’a de goût que lorsqu’elle est patiemment orchestrée en coulisses, surtout si l’on prend bien le temps de la concocter à sa sauce. Piquante est le mot qui, d’après mon humble avis de chroniqueuse expérimentée, sied le mieux à cette rondelle épicée, terriblement relevée et judicieusement corsée. Personnellement, j’adore ce Ave cadencé, rocailleux, mélodique. Je pense qu’il en sera de même pour vous si vous lui donnez sa chance. Il s’agit là de l’une des réussites artistiques les plus exaltantes de ce millésime 2017. Elle est anglaise, vivifiante et serpentine. Dans la droite lignée des meilleures productions de l’ancien groupe de nos trois disciples du Grand Cornu. Les mésaventures de Mantas ont finalement été bénéfiques pour lui et ses deux potos qui, aujourd’hui, retrouvent une forme olympique tant dans l’interprétation instrumentale que dans l’écriture de morceaux monstrueux qui devraient sans problème réveiller tous les morts depuis 2000 ans au moins. Cet album marque un retour aux sources tout en initiant une certaine mais timide innovation musicale (Dein Fleisch) qui en disent extrêmement long sur l’ambition de nos trois grands gaillards : dépasser le maître. Désormais, l’élève l’a fait. Laissant son aîné se dépatouiller de son absence d’imagination. Ave est une œuvre réfléchie, aboutie et remarquable à tous points de vue. Mieux qu’un Resurrection vieillissant, mais renouant avec un passé florissant mettant en exergue la verve de la jeunesse perdue puis retrouvée, Ave risque régulièrement de lever les foules quand quelques-uns de ses titres seront joués sur scène durant plusieurs années. Voilà une bien agréable surprise, illuminée par un trio d’esprits lucifériens qui se sont lancés dans un office sacrificiel mémorable. A consommer sans modération, surtout si vous n’en avez jamais assez des voix râpeuses, des guitares corpulentes, des basses cavalières et des batteries brutales et que vous êtes toujours demandeurs(ses) de sensations fortes, quitte à vous péter la nuque à force de balancer votre ciboulot déjà bien éprouvé par des printemps entiers de headbanging dans votre piaule à gueuler comme des malades tandis que vos parents, ayant les boules de vous avoir conçu(es), tabassent continuellement sur le mur à coups de rouleau à pâtisserie pour vous enjoindre de stopper vos frasques d’adolescent(e)s pustuleux(ses) obsédés par les grognements infernaux des mauvais anges qui vous poussent, malgré vous, à vous comporter en individus conscients qui n’avez pas les mêmes valeurs nauséabondes que les écervelés wesh wesh qui passent constamment dans cette boîte à images que vos daron(ne)s tentent péniblement de regarder pendant vos liturgies orgiaques sataniques (parce que les Feux De L’Amour, c’est sacré, voyons, vous comprenez !). Vade retro, metallas. Bougez-vous les fesses et allez vous défoncer le rachis en live quand VENOM INC. reviendra dans vos contrées respectives, nom d’un Mark Pellegrino en séance SM chez Crowley.


Line-up :

Demolition Man (chant, basse)
Mantas (guitares)
Abaddon (batterie)


Equipe technique :

Jeff « Mantas » Dunn (enregistrement, mixage, mastering)
Kalle Knecht (technicien son)
Marcelo Vasco (artwork, design pochette)
Tony « Demolition Man » Dolan (artwork, design pochette)
Milos Duskic (peinture artwork)
John Parry (photographie)


Studios :

Enregistré, mixé et mastérisé aux studios ZFT (Portugal)


Crédits :

Mantas (paroles, musique)
Demolition Man (paroles, musique)


Tracklist :

1) Avé Satanas
2) Forged In Hell
3) Metal We Bleed
4) Dein Fleisch
5) Blood Stained
6) Time To Die
7) The Evil Dead
8) Preacher Man
9) War
10) I Kneel To No God
11) Black’n’Roll

Durée totale : 1 heure 2 minutes environ.


Discographie :

Dein Fleisch [Single] (2017)
Avé (2017)


Date de sortie :

Vendredi 11 Août 2017


Avé Satanas (Clip officiel) : cliquez ici

Dein Fleisch (Clip officiel) : cliquez ici
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62sylvain Le mardi 28 novembre 2017
Excellente chronique, la meilleure et sans doute la plus juste qui j'ai pu lire. Rien à ajouter, tout est dit ! Je suis fan de VENOM (old) depuis des années, donc j'attendais avec impatience la sortie de ce disque, et j'avoue avoir été bluffé à la première écoute .Il n'y a rien à jeter sur cette galette maléfique, ou s'enchainent les titres tantôt mid tempo et glacials, puis les titres plus rapides comme "time to die".Ce qui se remarque tout de suite, c'est cette "folie" ,cette hargne qui me rappelle l'époque de Welcome To Hell, et les débuts fracassant du groupe Venom .C'est pour MANTAS ,mon héros, une sacrée belle revanche et c'est bien meilleur que toutes les dernières moutures de CRONOS. Merci pour cette chro géniale ! AVE SATHANAS !
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