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Dossier :  A la rencontre de Frédéric BENMUSSA (ANTIGONE PROJECT) ( ANTIGONE PROJECT )
Date de publication : 14/07/17
Auteur : Ben
Ben : Bonjour Frédéric. Peux-tu te présenter, et nous parler de ta carrière musicale, depuis tes premières gammes à ANTIGONE PROJECT ?

Frédéric BENMUSSA : Bonjour et déjà un grand merci pour cette interview (et ta chronique !). Grande question pour commencer ! Alors je viens d’une famille très musicale. Tellement que mes parents m’ont appelé Frédéric en hommage à Frédéric CHOPIN, de plus mon père avait offert un beau piano à ma mère pour fêter ma naissance. J’ai vécu avec ma mère qui, ancienne professeur d’anglais m’a élevé dans la culture anglo-saxonne. Il y avait chez moi depuis ma naissance tous les jours des vinyles des BEATLES, THE WHO, PINK FLOYD et j’en passe qui tournaient. Ma mère a même vu les BEATLES en 64 à l’Olympia et au festival de l’Île de Wight en 70 ! Il était donc naturel que je commence à déchiffrer à l’oreille au piano ce que j’entendais, puis les années 90 sont arrivées, mes deux héros était alors Kurt COBAIN et Chris CORNELL (…très triste) qui m’ont donné la force de pousser ma mère à m’acheter une guitare puis je me suis mis à chanter, je n’ai jamais pris de cours de quoi que ce soit, et j’ai vite intégré des groupes en tant que guitariste chanteur et fait mon premier concert en 1995. Je suis ensuite allé plutôt du côté du metal et hardcore avec un groupe (C.O.T.T. avec lequel on avait sortis un EP en 2000 je crois qui avait connu un certain succès) que certains connaissent encore, où l’on jouait à l’époque avec les BLACK BOMB A entre autres. Puis c’est début 2000 que je me suis ouvert à tous les styles de musique possible, de l’électro au classique en passant par la new wave, la pop classique, le metal bien sûr, le prog et même le hip-hop, bref j’avalais la musique littéralement. J’ai donc voulu faire mes propres titres, j’ai donc investi dans un sampler (MPC 2000), un synthé et un enregistreur 4 pistes cassette. ANTIGONE PROJECT est alors né. Entre temps, j’ai fait des études jusqu’au doctorat, rencontré mes musiciens actuels, amélioré mon matériel, collectionné jusqu’à 15 guitares de collection, des centaines de concerts dont 2 bataclan, jusqu’à aujourd’hui la sortie (enfin) de notre premier album 100% DIY. Et pour l’anecdote le dernier titre de l’album (le bonus track : Sun’n’Rain) a été composé et enregistré seul dans ma chambre en 2002 ! Pour conclure, j’ai toujours fait de la musique littéralement depuis ma naissance et ma « carrière » mêlée à une autre carrière scientifique est compliqué et quelque peu chaotique mais intéressante pour moi, de plus tout ce temps m’a permis de produire plus de 500 chansons, que j’ai en réserve.

Ben : Quelles sont, depuis tes débuts, les styles, les artistes, les groupes qui t’ont durablement « influencé » ?

Frédéric BENMUSSA : C’est une question assez difficile pour moi car comme on peut l’entendre sur nos titres, on peut retrouver énormément d’influences. J’ai toujours écouté de la musique (de mon plein gré ou pas) donc pour faire simple je dirais que dans mon « ADN » coule forcément les BEATLES, THE WHO, PINK FLOYD et toute cette période 60-70’s brit pop rock que ma mère écoutait littéralement tous les jours. On peut ajouter obligatoirement tout le grunge et l’alternatif de Seattle avec en tête de file pour moi NIRVANA et SOUNDGARDEN qui sont les raisons de mes début à la guitare début 90’s, aussi DEPECHE MODE que j’ai mis plus de temps à vraiment à apprécier mais accro maintenant et le metal plutôt « moderne » comme NIN, TOOL, DEFTONES, KORN des 90’s aussi, mais aussi du metal plus extrême comme MESHUGGAH, STRAPPING YOUNG LAD et Devin TOWNSEND. On peut aussi citer facilement en électro, Amon TOBIN, Aphex TWIN, AIR, les débuts de DAFT PUNK et des classiques aussi comme RADIOHEAD qui m’a marqué au fer rouge. Je ne peux pas tous les citer bien entendu mais disons que ce sont les grands noms qui sont un peu à la base de mes influences.

Ben : Et quels sont tes albums préférés ? chansons préférées ?

Frédéric BENMUSSA : Aïe ! Cela change tous les jours ! Mais je vais essayer : je cite souvent Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band des BEATLES ainsi que le White Album, Tommy de THE WHO, Nevermind et In Utero de NIRVANA, Black Celebration de DEPECHE MODE, KidA / Amnesiac de RADIOHEAD, Superunknown de SOUNDGARDEN qui est l’album que j’ai le plus écouté avec Adrenaline de DEFTONES je pense, Lateralus de TOOL qui reste pour moi un des meilleurs album de metal de tous les temps, The Downward Spiral de NIN, City de STRAPPING YOUNG LAD et aussi The Wall et Meddle de PINK FLOYD… mais il y en TELLEMENT !

Ben : Peux-tu nous éclairer sur l’origine de l’identité d’ANTIGONE PROJECT ? Un rapport avec la tragédie de Sophocle ?

Frédéric BENMUSSA : Oui tout à fait. Au départ, quand j’ai voulu créer mon propre projet, je voulais un nom dont on ne pouvait pas identifier la nationalité. De plus, Antigone, la tragédie, m’a particulièrement marqué. J’ai fait ensuite des études de psychologie et un doctorat de neurosciences. Les tragédies grecques étaient déjà un miroir de la psyché humaine reprise ensuite par Freud. De plus je voulais imprégner une notion, sensation de féminité dans ce projet. Antigone étant une des rares héroïnes principales des tragédies, probablement la « première féministe » dans un certain sens, me fascinait. Le « PROJECT » est venu plus tard pour donner une notion d’ouverture, qui ne s’arrête jamais.

Ben : Pour tes 3 albums, peux-tu nous expliquer ton processus de création, de la naissance des idées jusqu’à leurs réalisations sonores, parfois mélancoliques mais toujours mélodiques ? La façon dont tu les ordonnes et les mets en musique ?

Frédéric BENMUSSA : Cela varie énormément mais je ne me lance jamais dans la production d’un titre s’il n’y a pas une base guitare / voix ou piano / voix solide. Parfois je rêve les titres. J’ai souvent, voir tout le temps, de la musique dans la tête et il m’arrive de me réveiller avec des chansons en tête qui n’existent pas, je les enregistre d’un trait du coup. Parfois je vais produire un titre en une nuit, tout va me venir comme ça (exemple : Infinite Pulse sur le premier EP), parfois des mois comme le titre Stellar Machine, qui est beaucoup plus « réfléchi » et « intellectualisé ». Les « idées » de base viennent un peu par hasard, comme je l’ai dit en rêve, ou quand je me laisse divaguer à 4h du matin dans mon lit (ce qui m’a valu nombre de nuits blanches). La production et les arrangements, quant à eux, prennent plus de temps et sont en général plus réfléchis (tous les synthés, les mix des sons etc…), jusqu’à ce que je sois plus ou moins satisfait du résultat, et surtout si cela colle à ce que j’ai en tête à la base, si cela ressemble aux sensations que je veux transmettre.

Ben : Victor HUGO a dit : « La musique, c’est un bruit qui pense ». Partages-tu cet adage ?

Frédéric BENMUSSA : Je dois avouer que je ne connaissais pas cette citation, mais oui cela est très bien tourné. Après Victor HUGO ne doit sans doute pas parler de la même musique qu’aujourd’hui. Mais quoiqu’il en soit, oui, la musique est une manière de manipuler littéralement des ondes, de les mettre en forme pour toucher les émotions ou plus. Je ne me lancerais pas dans des considérations neuroscientifiques pour ne pas ennuyer les lecteurs, mais on pourrait tout à fait en parler, la cognition musicale est d’ailleurs un vrai terrain de recherche existant.

Ben : Peux-tu nous éclairer sur les paroles de tes chansons.

Frédéric BENMUSSA : Pour être franc, pas vraiment. Mais disons que les thèmes principaux sont un mélange de science, de spatialité, de féminité qui revient quasiment tout le temps, de mélancolies et de rêves / cauchemars ainsi que la maladie parfois aussi.

Ben : Que ce soit avec Antigone Project (2014 - cliquez ici) et From Its Room (2016 - cliquez ici), tes 2 premiers EPs, mais encore plus avec ton nouvel album Stellar Machine (cliquez ici), j’ai la sensation de voyager à travers le cosmos et les étoiles (je pense à David BOWIE et son Space Oddity). Penses-tu que décrire ta musique comme « cinématographique » est juste ?

Frédéric BENMUSSA : Absolument ! C’est effectivement le but. Je me sers de cet univers dans les deux sens du terme pour transmettre des émotions particulières. J’aime pouvoir donner une sensation de tournis par exemple comme quand on essaie de visualiser l’infini… Le mélange avec les tragédies grecques fonctionne bien de plus car n’oublions pas que nos planètes, par exemple, ont des noms de divinité de l’antiquité. Et oui, on me dit tout le temps que ma musique est visuelle, c’est exactement ce que je cherche à faire. En neuroscience on va parler d’inter-modalité lorsque l’on tente d’étudier par exemple les liens entre perception auditive et visuelle. Je veux donc essayer de réaliser une musique visuelle ou même multi-modale, pourquoi pas olfactive ou tactile par exemple. Un de mes buts en musique serait notamment de faire de la musique de film ou de jeux vidéo. Si tu as la sensation de voyager à travers le cosmos, je dirais alors que j’ai réussi à transmettre ce que je voulais transmettre ! Au final, il est donc difficile de caractériser la musique d’ANTIGONE PROJECT mais on peut désormais, avec les chroniques que l’on a reçu, dire que c’est du « space rock metal électro prog futuriste ». J’aimerais aussi énormément réaliser un opéra rock comme Tommy ou Phantom Of The Paradise de Brian De PALMA, à vrai je l’ai déjà à moitié fait, mais je le garde secret pour l’instant. Pour rester sur le côté visuel, il est aussi important pour moi en live de faire des shows avec une dimension visuelle importante. Actuellement nous réalisons déjà des concerts avec un DJ (ancien collègue de thèse neuroscientifique, le docteur Guillaume Dumas actuellement chercheur à l’institut Pasteur en neurogénétique et neuroscience cognitive) qui mix en live de la vidéo projection en fonction des chansons ; au final j’aimerais pouvoir un jour réaliser des shows avec de la projection 3D sur des structures géantes comme Roger WATERS, Jean-Michel JARRE ou Amon TOBIN, mais c’est un autre budget !

Ben : J’ai aussi une autre sensation, celle de me frotter parfois à une musique « cérébrale », voire « intellectualisée » ? Faut-il y comprendre un lien avec ton univers professionnel ?

Frédéric BENMUSSA : Non, je ne le fais pas exprès à vrai dire. Cela reste assez « naturel » mais je comprends qu’on le ressente comme ça, et je dois surement le faire quand même inconsciemment d’une certaine manière. Mais je ne cherche pas à faire une musique cérébrale, je dirais même au contraire, je souhaite que cela soit certes « sophistiqué », mais « facile » à écouter, qui prend tout de suite.

Ben : Tu aimes la scène, partager ta musique avec ton public. Rencontres-tu des difficultés à la transposer live, en particulier toutes les séquences électro. ?

Frédéric BENMUSSA
: C’est une bonne question. Techniquement, pour l’instant nous nous en sortons bien en samplant les synthés dans Sampler-Sequenceur-Pad que le batteur déclenche car nous n’avons pas (plus) de claviériste mais j’aimerais qu’un jour tout soit joué en live, je reste assez puriste là-dessus. Je n’aime vraiment pas le principe du sample et encore moins du PBO. Pour moi un live, rock du moins, est composé de musiciens qui jouent vraiment de leurs instruments en live, c’est très important même si l’on fait une musique « compliquée » avec beaucoup d’arrangements. PRINCE tenait beaucoup à ce principe par exemple, ainsi que BOWIE. Et même Jean-Michel JARRE insiste pour que tout soit jouer en live, ceci est le cas pour DEPECHE MODE aussi. Un live est live, pas un karaoké. Donc pour l’instant nous nous en sortons bien avec nos moyens, mais au final j’aimerais recruter des claviéristes par exemple et que le maximum d’éléments soient réellement joués.

Ben : Pour From Its Room, tu as choisi, outre l’engagement participatif, le support vinyle. Pourquoi un tel choix ?

Frédéric BENMUSSA : Pour plusieurs raisons. A ce moment, il n’était pas encore question de sortir un album. De plus, nous avions déjà sorti un premier EP sous forme CD. Aujourd’hui la « consommation » (je déteste ce mot) de la musique a bien changé surtout depuis l‘arrivée d’internet, je parle bien entendu de la musique dématérialisée et en streaming. Aujourd’hui, plus grand monde ne possède de lecteur CD si ce n’est celui de son ordi et encore, de plus en plus de Mac n’ont même plus de lecteur ce qui est absurde à mon sens. Du coup, chiner à la FNAC ou chez des disquaires à la recherche de CD se perd totalement. Parallèlement, le support vinyle fait un come-back, car le vinyle est devenu un objet de collection, des gens en achètent même sans avoir de platine ou alors des combos au son plus que médiocre. Le vinyle n’a jamais perdu de son charme, de sa sonorité chaude, les « conventions » et ventes de vinyle sont de plus en plus « tendance », et l’on peut voir que les fabriquants se remettent à sortir des platine vinyle avec des technologies intégrées d’aujourd’hui comme un port USB ou même du Bluetooth. On voulait donc sortir un EP mais aussi un bel objet. Un objet de collection, c’est aussi pour cela que l’on a sorti ce vinyle qu’à 500 exemplaires numérotés et un vinyle tout blanc avec un poster. De plus From Its Room est en fait un projet un peu parallèle. Le vrai nom de cet EP est 1st, écrit en code binaire sur la cover. From Its Room est en fait l’idée de sortir sous forme de vinyle un peu « bootleg » des titres que j’ai en réserve et j’en ai des centaines, qui ne sortiront jamais sur des albums a priori. C’est un peu comme la face B d’ANTIGONE PROJECT, d’où le nom From Its Room », ANTIGONE PROJECT en direct de sa chambre, comme un côté intimiste présentant des démos, le premier titre de ce vinyle date d’ailleurs de 2005… L’idée est d’ensuite sortir d’autres vinyles 6 titres en gardant le même visuel mais en changeant simplement la couleur de la cover et du vinyle lui-même. Mais bien conscient qu’un vinyle coute cher à sa fabrication et à sa vente, nous l’avons aussi sorti en version digitale à 1.99 euros.

Ben : Que penses-tu de la crise profonde actuelle, mais née il y déjà plusieurs années, qui touche l’industrie musicale (chute des ventes de CDs, piratage / gratuité, etc…) ?

Frédéric BENMUSSA : C’est une bonne et grande question. Personnellement, j’ai plutôt tendance à rejeter la faute, si faute il y a , sur les majors et les gros média qui livrent toujours les même choses aux gens depuis plusieurs années, comme des produits « tout fait », ce que j’appelle de la musique fast-food, notamment avec les télé-crochets comme The Voice, ou La Nouvelle Star où l’on vous fabrique un interprète en direct qui passe à la TV. Et donc génère directement une pseudo fan-base mais qui ne dure pas pour la plupart vu que dans ce genre de cas, les chanteurs interprètent un morceau de reprise et ne composent rien du tout. Ce sont de purs produits du PAF. On est très loin du Kurt COBAIN qui débarque avec ses propres chansons et son univers à transmettre. Je ne pense pas du tout que les « gens » sont le problème. Les gens prennent ce qu’on leur donne. En 1994, FUN RADIO passait du NIRVANA et tout le monde écoutaient NIRVANA au collège, par exemple, ce qui est impensable aujourd’hui sans citer d’ « artistes » pour ne pas être grossier. De plus on voit bien que les Français sont friands de bon rock et même de metal. Il suffit de voir le succès incroyable et exponentiel du HellFest chaque année. Les Anglais, pragmatiques eux, l’ont d’ailleurs bien compris et ont exporté leur Download chez nous et ont eu raison de le faire vu le succès du résultat. Mais je me demande alors pourquoi aucun producteur ou gros média ne met la main à la pâte pour proposer des choses originales et travaillées comme avant alors que des dizaines de millier de personnes sont prêtes chaque année à payer 200 euros pour un festival de metal ! Pour moi, le problème vient simplement de la qualité. Mon batteur travaille dans une boutique de disques. Il vend en grande majorité en pop rock des vinyles de groupes dits classiques comme les BEATLES, les ROLLING STONES, NIRVANA, AEROSMITH, PINK FLOYD etc… Les gens ne sont pas si bêtes. Certes à l’âge de 12 ans et demi on peut être excusé d’écouter Maître GIMS, mais à 15 ans c’est fini, cela n’a rien à voir avec la passion que l’on avait en 1994 pour Superunknown de SOUNDGARDEN, ou pour rester Français pour Tostasky de NOIR DESIR, ou plus vieux, Melody Nelson de Serge GAINSBOURG. Je ne suis pas contre la gratuité, elle ne me dérange pas tant que la machine tourne, elle peut permettre aux gens de découvrir des choses et ensuite d’aller en concert. J’ai personnellement découvert beaucoup de groupes grâce au téléchargement ILLEGAL ! Mais justement je suis allé acheter le CD après, puis allé au concert etc… Et aujourd’hui en France c’est pas la FM ni la TV qui va me faire découvrir des perles. Au final, le public, les oreilles sont bien là, elles sont mêmes frustrées. Mais il suffit de voir que des groupes comme KORN, DEPECHE MODE, RADIOHEAD, Marilyn MANSON et j’en passe remplissent les salles parfois en quelques minutes seulement. On attend juste des structures ayant des moyens d’avoir un peu plus de courage, ne pas avoir peur de se mouiller et miser sur des artistes neufs, avec des sons nouveaux au lieu de servir la même soupe continuellement à tout le monde, cela ne peut pas marcher. Pour finir d’ailleurs, ceci reste quelque chose de très Français, il suffit de voir la notoriété de label indépendant de metal extrême comme NUCLEAR BLAST aux USA pour voir que les choses sont différentes ailleurs, et le jour où on aura un NUCLEAR BLAST en France… Là on pourra dire que les choses bougent, mais les grosses sociétés phagocytes la poussée de la « vraie » scène indépendante… Et c’est très dommage car elle existe, les gens la veulent, il manque juste le lien essentiel entre l’artiste et l’auditeur, ce à quoi sert un label normalement.

Ben : Dans ce contexte économique et juridique, comment vois-tu l’avenir professionnel (et pécuniaire !) du musicien ?

Frédéric BENMUSSA : Comme j’ai déjà plus ou moins répondu avec la question précédente, je vais faire plus court. Disons qu’aujourd’hui je la vois sous une forme extrêmement libérale au sens économique du terme. Il y a les très peu nombreux très riches et les très nombreux totalement pauvres. Il n’y a plus vraiment de « classe moyenne ». Aujourd’hui, recevoir un cachet est devenu très compliquer, une intermittence presque un exploit et vivre de sa musique un miracle. Cela est logique dans la conjoncture actuelle, avec la manière dont les musiciens sont presque forcés de se brader, et même surtout de dépenser des sommes folles en faisant du soi-disant DIY (do it youself). Or le DIY implique de pouvoir se payer, outre ce qui est production musicale, de la presse, de la com, de la webcom, du tour management etc… Aujourd’hui les groupes payent pour jouer… Gagner sa vie en jouant dans des bars… Ceci n’existe quasiment plus. De plus pour répondre aussi à la question précédente, nous sommes tous obligés désormais de passer par des distributions digitales sous forme de streaming, je disais que la gratuité ne me dérangeait pas, oui mais quand elle est choisie. Aujourd’hui les plateformes de streaming créent des algorithmes qui donnent des playlists toutes faites à l’auditeur qui ne sait même plus qui il écoute. Avant on entendait les premiers accords de Rape Me de NIRVANA, on connaissait l’album, l’artiste, le titre, le nom des artistes etc… Alors que l’on n’avait pas internet ! Aujourd’hui la réponse serait plutôt « je connais mais je sais pas qui c’est », et oui cela est dû aux deezer, spotify et tutti quanti… Et en plus, la cerise, c’est que ces plateformes qui disent vouloir faire la promotion des artistes indépendants émergent, payent des sommes totalement ridicules aux artistes (par exemple de l’ordre de 0.06 cts d’euro toutes les 2400 écoutes)… Donc là, c’est sûr que l’on ne va pas payer son loyer avec ça, et ce genre de mode de vente de la musique tue complètement ce monde et rend la musique comme étant un consommable sans valeur et sans profondeur, comme un… big mac.

Ben : Le graphisme, les images, les visuels, plus ou moins énigmatiques, voire mathématiques, me semblent en relation étroite avec la face « cérébrale » de ta musique. Peux-tu nous en dire plus ?

Frédéric BENMUSSA : Encore une fois je ne sais pas vraiment si cela est fait exprès que cela soit cérébral. Mais mathématique oui, mais les maths sont en fait aussi très spirituelles, elle ont plus ou moins été créées dans un but de mettre en ordre, en cosmos, l’univers face au chaos. Il y a aussi des liens avec l’univers spatial, ainsi qu’avec les questions sur les « origines de l’univers » (par exemple j’ai écrit un titre qui se nomme 42 et je vous laisse aller voir dans google pourquoi 42 est un nombre particulier, même si cela reste très lié à la science-fiction). La figure que l’on peut voir sur Stellar Machine est en fait le cube de Metatron. Figure que j’avais choisi il y a bien longtemps déjà. Pour grandement résumer, Metatron était le scribe de Dieu et donc l’interface permettant de « raconter » l’histoire et la naissance de tout. Il s’agit donc d’une figure autant mathématique dans sa géométrie que spirituelle dans son origine, le mélange des deux créant ainsi de beaux univers. Je pense notamment au cinquième élément de Luc BESSON où le film commence en Egypte juste avant la seconde guerre mondiale, ou encore Stargate où les humains découvrent que les origines de l’humanité et les divinités égyptiennes viennent et existent vraiment sur une autre planète ; ou encore tout simplement dans Blade Runner, film ô combien 80’s sci-fi mais où le « centre » géographique du film est sous une forme architecturale pyramidale. On pourrait penser aussi à certains dessins animés des 70-80’s comme Ulysse 31 (Ben : «Capitaine Flam ou Goldorak aussi? ») qui n’est ni plus ni moins le mélange total entre la science-fiction spatiale interstellaire et la mythologie grecque, tout comme ANTIGONE PROJECT !

Ben : Grâce à la facilité de diffusion musicale et la multiplication sur le net des sites dédiés au rock en général et ses courants associés, mais aussi par le travail de promotion des labels (Musea, Brennus, Dooweet Agency avec qui tu collabores), nous découvrons une jeune génération de talentueux musiciens dont le plaisir principal semble être le mariage de nombreux styles d’hier et d’aujourd’hui, parfois antagonistes. Un peu comme toi, non ?

Frédéric BENMUSSA : Oui tout à fait. Mais la musique du moins pop au sens propre, c’est-à-dire populaire, a toujours été une fusion de genre : Elvis avec son « ajout » du blues à la country, avec sa patte propre donnant son rock’n’roll par exemple, les BEATLES qui ajoutaient des cuivres aux guitares pop rock, NIRVANA qui est influencé par le punk notamment, DEFTONES dont le chanteur Chino MORENO est fan de new wave des années 80’s etc. Aujourd’hui on a peut-être l’impression que « tout a été fait » mais cela est totalement faux, la création n’a pas de limite, c’est de la pure logique même si je ne développerais pas pourquoi je pense cela. C’est vrai que j’apprécie moi-même particulièrement mélanger l’ancien et le récent, même en termes d’instruments (j’aime utiliser des guitares vintage dans des amplis très modernes). Après ceci reste un outil pour essayer de se faire son univers, il y a tellement de choses existantes, que l’on peut tirer ses influences d’un océan de styles différents pour créer son propre liquide (désolé pour la métaphore filée, je dois être fatigué). Au final le plus important est de trouver son propre style plutôt que d’essayer d’en copier un, cela est très difficile, et moi-même je ne suis pas sûr d’arriver à bien le faire et je doute de moi absolument tous les jours. Et l’autre chose peut-être encore plus importante mais qui va de pair, est la qualité d’écriture, le songwriting. Un des exemples les plus flagrants reste Kurt COBAIN qui, avec quasiment que quatre accords sans tierce, avec des rythmiques simplissimes, a réussi à faire des tubes internationaux avec sa patte très personnelle. C’est cela le talent à l’état pur.

Ben : Chris SQUIRE, Lemmy, David BOWIE, PRINCE, Glenn FREY, Keith EMERSON, Trent GARDNER, Geoff NICHOLS, John WETTON et il y a quelques semaines Chris CORNELL… nous ont quittés récemment. Quels souvenirs gardes-tu de ces immenses artistes ?

Frédéric BENMUSSA : Au moment où je rédige ces mots, j’étais justement hier soir à un tribut spécial Chris CORNELL, où je me suis amusé dans la joie et la tristesse à chanter (mal) Beyond The Wheel, à jouer SpoonMan, puis on est parti sur du ALICE IN CHAINS, NIRVANA, et même rapidement PRINCE. C’est effectivement l’hécatombe en ce moment, et je ne m’étendrais pas trop là-dessus. Les plus gros chocs, même si ce sont toutes de grandes légendes, pour moi restent Lemmy, BOWIE, PRINCE et surtout, surtout Chris CORNELL qui comme je l’ai dit plus haut, est la raison pour laquelle j’ai commencé à chanter du rock. Il restera toujours mon chanteur préféré… J’ai « essayé » de chanter du SOUNDGARDEN pendant mes année collège / lycée, dans ma chambre, à la guitare acoustique tellement de fois que ma mère connait les chansons par cœur ! Superunknown est un album que j’ai écouté (et écoute encore) littéralement au moins une fois par jour tous les jours entre 1994 et 1997. Il restera beaucoup plus qu’un souvenir, il est incrusté dans mon ADN musical jusqu’à ma mort.

Ben : Quels sont tes coups de cœur musicaux, littéraires et cinématographiques de ces 6 premiers mois de l’année 2017 ?

Frédéric BENMUSSA : Je vais peut-être choquer ou passer pour un inculte aigri, mais je n’en ai pas ! Mon coup de cœur musical le plus récent est le groupe PERIPHERY mais je les ai connus en 2013. Je regarde surtout des vieux films, mais je ne peux pas dire que je n’ai pas apprécié Interstellar (même si je préfère Inception). Mais là encore on est loin avant 2017. Et je lis en ce moment en anglais The Infinite Jest (1996) de David Foster WALLACE, ainsi que American Psycho de Bret Easton ELLIS pour la dixième fois, toujours en anglais… Je lis aussi du Steven PINKER, mais là on est dans les sciences cognitives, donc cela ne parlera pas à beaucoup de gens. Donc malheureusement, je n’ai pas de coup de cœur 2017 pour l’instant… Et j’en ai un peu honte du coup, alors merci pour cette question !

Ben : Un dernier petit message pour nos lectrices / lecteurs…

Frédéric BENMUSSA : Merci et félicitations si vous êtes arrivés jusqu’au bout de mes longues réponses, en espérant ne pas avoir été trop ennuyeux. Et un grand merci à toi et à METAL INTEGRAL.





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