Dossier :
WISHBONE ASH : 1969-1973 l'ascension
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WISHBONE ASH
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Date de publication : 24/03/2025
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Auteur : Alain
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WISHBONE ASH STORY
L’histoire du Rock peut être rude, voire franchement ingrate, envers ses soutiers les plus fidèles. Ainsi, le groupe britannique WISHBONE ASH formé en 1969 continue de tourner de sortir des albums, quoique de manière sporadique. A la barre, le guitariste Andy POWELL demeure le seul membre originel. Une telle longévité, forcément ponctuée de hauts et de bas, force le respect. Raison supplémentaire pour retracer les grandes étapes de ce groupe qui peut se targuer d’avoir porté les plans de guitares harmonisés – les fameuses twin guitars – à un niveau d’excellence rare.
A ce propos, des membres de THIN LIZZY ont souvent revendiqué le rôle de pionniers en matière de guitares jumelles, alors que leur premier album avec deux guitaristes, Nightlife, date de 1974, quand le premier opus de WISHBONE ASH paraît à la fin de 1970. Histoire de départager tout ce petit monde, il faut se rappeler que le premier lp de THE ALLMAN BROTHERS BAND est paru en 1969 et qu’outre de formidables parties de guitare slide, il met exergue la complémentarité des bretteurs Duane ALLMAN et Dickey BETTS. Débat tranché en ce qui me concerne !
Or donc, courant 1969, quatre jeunes gens unissent leurs forces : le bassiste et chanteur Martin TURNER et le batteur Steve UPTON, bientôt rejoints par les guitaristes Andy POWELL et David TURNER (alias Ted TURNER) . Le groupe rôde son répertoire et sa formule à deux guitaristes en ouvrant notamment pour DEEP PURPLE, T-REX, TEN YEARS AFTER, TASTE et autres. A l’ère des guitar heroes flamboyants, WISHBONE ASH mise beaucoup sur la complémentarité de ses deux guitaristes qui assurent pleinement leur rôle de soliste, comme celui de duettistes. Dès la fin 1970, le groupe est signé par MCA en Europeet entre illico en studio. Chapeautées par Derek LAWRENCE, les sessions d’enregistrement voient le rôle d’ingénieur du son opéré par un certain Martin BIRCH, futur sorcier de la mise en son pour RAINBOW, WHITESNAKE et, bien sûr, IRON MAIDEN.
WISHBONE ASH (1970) 15/20 Résulte de ces sessions intenses un premier album sans titre qui, bien qu’encore un peu vert, expose nettement le projet du groupe. La première face comporte quatre compositions concises, dont les brefs mais percutants Queen Of Torture et Blind Eye, qui délivrent des duels et des solos de guitares intenses, tandis qu’Errors Of My Way révèle une facette plus subtile, marquée par des harmonies vocales douces. A mi-chemin entre les deux, le mid-tempo Lady Whisky apporte une lourdeur qui fleure bon le Hard Rock, même s’il s’agit du titre le moins inventif du lot. En face B, le groupe hausse ses exigences d’un cran en proposant deux morceaux aux dimensions ambitieuses : Handy (11’30) et le classique Phoenix (10’23). A l’intérieur de formats conséquents, qui sentent bon les improvisations live, le groupe s’en donne à cœur joie, introduisant une logique de séquences successives, digne du Rock progressif. Ainsi, l’introduction de l’instrumental Handy se trouve assurée par une basse qui avance à pas feutrés, avant que guitares et batterie ne s’insèrent doucement, avant de laisser à nouveau la basse déployer ses ailes. Après plusieurs longues minutes, l’ensemble du groupe s’ébroue de plus en nerveusement, mais on sent qu’il même des idées maîtresses dans ce titre qui sent à plein nez l’improvisation live.
Fort heureusement, Phoenix rehausse le niveau, avec son introduction féline, entre batterie minimaliste, basse en tapinois et guitares subtiles, sans compter un chant clair et parcimonieux. Un solo bluesy incisif et plaintif finit par occuper le devant de la scène, avant que l’ensemble ne s’emballe superbement, pour mieux ralentir avec la reprise du chant. La suite ne sera qu’un jeu huilé entre accélération et intensification, les solos de guitare portant l’ensemble à l’incandescence. Au final, ce premier album pêche quelque peu par manque de maturité mais annonce clairement le programme et offre au groupe ses deux premiers classiques, à savoir l’orgiaque Phoenix et le percutant Blind Eye.
PILGRIMAGE (1971) 16/20 Dès 1971, WISHBONE ASH se fait fort de confirmer les espoirs suscités par le premier album. Toujours produit par Derek LAWRENCE, avec Martin BIRCH comme ingénieur du son, Pilgrimage relève le défi et permet au groupe de franchir un palier. Pourtant, le titre introductif, Vas Dis, bien que vif et nerveux, étonne par ses influences jazzy, avec notamment un scat à deux voix : déroutant. Le long (8’30) et quasi-instrumental The Pilgrim assure davantage la fusion des différentes influences, rendue d’autant plus facile que les musiciens sont en pleine maîtrise ; profitons-en par saluer le jeu incroyablement souple et nerveux de Steve UPTON, qui satisfait aux exigences du Rock, tout en assurant un groove jazzy amplement relayé par la basse. Art du contraste : Jailbait propulse le groupe dans l’univers du Boogie, s’assurant un bon rendu sur scène. Pour le reste de l’album, le quartette alterne subtilité exquise (l’instrumental Alone et ses guitares élégantes), douceur (l’instrumental Lullaby), la suavité des chants harmonisés (Valediction). En clôture d’album, on retombe dans le Boogie prosaïque Where Were You Tomorrow, dans un format taillé pour la scène (10’23 au chrono), avec festival de guitares bluesy. Honnêtement, Pilgrimage représente certes une amélioration par rapport à son prédécesseur, mais sonne de manière déséquilibrée en ce sens que l’instrumentation domine outrageusement des prestations vocales encore trop timides.
ARGUS (1972) 20/20 Il faudra attendre la parution d’Argus en 1972 pour que le groupe atteigne sa maturité et apparaisse en plein majesté, conjuguant réussite artistique majeur et succès public. Commençons par les à-côtés, notamment ce visuel de pochette si fascinant, signé par le studio Hipgnosis, comme pour Pilgrimage (PINK FLOYD, BLACK SABBATH, YES, LED ZEPPELIN, UFO, BAD COMPANY, SCORPIONS, AC/DC, MONTROSE, GENESIS, RAINBOW, DEF LEPPARD et tant d’autres). Nous voyons de dos un soldat casqué et capé, une lance à la main ; faisant face au soleil, il domine une vallée verdoyante. Outre le côté ancestral de ce visuel principal, la scène captée prend tout son intérêt au verso, puisqu’on aperçoit une soucoupe volante dans le ciel, au-dessus de la vallée ! A noter que le studio Hipgnosis eut également recours au motif de la soucoupe volante pour la compilation A Nice Pair de PINK FLOYD et pour l’album Phenomenon d’UFO, tous deux parus en 1974.
Pour ce qui est de la mise en son, on ne change pas une équipe qui gagne, Derek LAWRENCE étant reconduit à la production, Martin BIRCH demeurant l’ingénieur du son dédié, le tandem parvenant parfaitement à rendre compte de l’effervescence des joutes de guitares, tout en assurant un rendu cristallin des parties les plus subtiles.
C’est bien entendu le versant musical qui assure à Argus un statut tout particulier, proche de la perfection. En matière de composition, le quartette s’est surpassé, assurant un équilibre idéal. Si l’on se concentre sur les seules guitares, on appréciera le mordant des guitares solos, le tranchant des riffs, mais aussi la limpidité des passages en son clair. Le tout appuyé par une section rythmique extrêmement souple et évolutive, garante d’une gestion efficace des nombreux changements de rythme, de tempo et d’ambiances. A ce titre, on peut aisément affirmer que WISHBONE ASH adopte une tournure progressive non négligeable.
Surtout, le quartette livre des compositions solides, que ce soit d’un point de vue structurel ou mélodique. Tentez de résister au refrain de Warrior, aux harmonies vocales de Time Was, aux lignes de chant envoûtantes de Throw Down The Sword et de The King Will Come. Une partie non négligeable du succès durable de cet album réside dans l’atmosphère épique qui s’en dégage, aux confins du Folk, du Prog et du Hard Rock. En somme, WISHBONE ASH tient là son chef d’œuvre ; reste à lui donner un successeur…
WISHBONE FOUR (1973) 15/20 Le succès d’Argus ayant entraîné un cycle foisonnant de tournées, c’est un groupe vivifié et combatif qui enregistre ce quatrième opus. En témoigne le rageur So Many Things To Say en ouverture, ainsi que le Boogie No Easy Road. Ballad Of The Beacon rejoint la liste des ballades exquises, dont le groupe a le secret. Dans le cadre d’un format conséquent, le groupe s’en remet à une suavité agréable mais un peu longue (8’27). Doctor tente de réactiver l’énergie Rock’n’Roll, avec un résultat efficace mais trivial. Le reste de l’album – Sorrel et Sing Out The song – semble vouloir privilégier les tempos lents ou médium, particulièrement tempérés, avec un usage de la slide guitare, un peu comme si les tournées américaines avaient assagi le groupe. Dans cet ordre d’idée, il faut louer le huitième et dernier morceau, Rock’n’Roll Widow, mélange subtil d’une trame Folk, de guitare slide et de chant charmeur. Cela dit, on sent ici un groupe à l’inspiration un brin élimée. Surtout, WISHBONE ASH tourne ostensiblement le dos à l’inspiration épique qui irradiait d’Argus, au profit d’une posture davantage susceptible de charmer les Etats-Unis, tendance qui allait se confirmer dans les années à venir, sans que le succès soit au rendez-vous.
LIVE DATES (1973) 20/20 Consciente du momentum créé par l’album Argus et de l’impasse de Wishbone Four, le label décide de publier un double album live, essentiellement enregistré lors de concerts en Grande-Bretagne. Merveilleuse idée car, des décennies plus tard, nous pouvons bénéficier d’un rendu électrisant du meilleur des quatre premiers albums studio du groupe. Enregistré en Grande-Bretagne (Croydon, Reading, Newcastle, Portsmouth) dans des salles de taille intermédiaires, ce double live d’anthologie transcende les versions d’origine, sans que jamais l’énergie de la prestation scénique ne trahisse la finesse de l’interprétation. Signe qu’Argus faisait d’ores et déjà office de marqueur, ce merveilleux album live s’ouvre sur pas moins de trois titres issus de ce disque : The King Will Come, Warrior et Throw Down The Sword. Pour le reste, les versions scéniques de titres issus des premier et deuxième albums surpassent souvent les originaux. Live Dates constitue certes un brûlant résumé des trois premiers albums du groupe, mais il s’impose parmi la liste des meilleurs albums live de la décennie 70.
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