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Chronique
KREATOR - Hate über alles

Style : Thrash
Support :  CD - Année : 2022
Provenance du disque : Acheté
11titre(s) - 47minute(s)

Site(s) Internet : 
KREATOR WEBSITE

Label(s) :
Nuclear Blast
 (17/20)

Auteur : 神の知恵
Date de publication : 27/07/2022
Un album d’une efficacité imparable, alternant vélocité et torpeur, brutalité et légèreté...
Et ben, mes aïeux, il nous en aura fallu de la patience pour nous délecter d’un nouvel album de KREATOR. Et c’est la deuxième fois en une décennie que le groupe nous fait ce coup-là de nous faire poireauter pendant cinq longues années. La première, c’était entre l’agressif Phantom Antichrist et le profond Gods Of Violence. Et puis, rebelote jusqu’à la mise-bas dans la douleur de ce Hate Über Alles, sorte d’hybride de ses deux aînés. Bien sûr, je vous vois venir avec vos minois là, derrière vos écrans. Vous allez sûrement me dire que le quatuor, qui a entre-temps subi une légère modification – exit le bassiste Christian GEESLER (EXTINCT, THE SCUM, FORE), welcome to Frédéric LECLERCQ (LOUDBLAST, SINSAENUM, ex-HEAVENLY, ex-DRAGONFORCE) -, a dû (sur)vivre comme nous touTEs à cette foutue pandémie causée par une petite bébête appelée virus, à plusieurs maintiens en détention d’office à domicile ainsi qu’à une absence totale de concerts durant de trop longs mois, ceci jusqu’à la piquouse de masse, paraît-il seule solution pour se libérer de cette monumentale galère.

OK, je suis d’accord avec vous. Cela dit, même si KREATOR est, comme IRON MAIDEN, un groupe de scène avant tout, son pénultième album est quand même sorti en 2017, dois-je le rappeler. Nous aurions pu espérer un retour en force en 2019, préalablement à la survenue inopinée de la cavalière apocalyptique « pestilence ». Cela nous aurait permis de nous défouler quand nous étions coincéEs à la maison avec nos moitiéEs et/ou nos braillards et de refaire la culture de nos voisinEs wesh wesh ou techneuneus. Histoire de leur apprendre ce qu’est véritablement l’art sonique. Cela dit, l’adage dit qu’il vaut mieux tard que jamais. De facto, réjouissons-nous de cette quinzième rondelle en trente-sept printemps de carrière.

Quid, donc, de ce Hate Über Alles qui, a priori, s’est avéré l’un des disques les plus attendus de ce millésime 2022 ? Premièrement, KREATOR a pu profiter de cette longue pause obligatoire depuis 2020 pour peaufiner les onze titres. Thématiquement, l’escouade allemande n’a pas énormément modifiée sa recette. Les sujets abordés restent d’actualité. Musicalement, par contre, la formation s’est permis quelques libertés sous la forme, notamment, d’une introduction à la Ennio MORRICONE (Sergio Corbucci Is Dead) ainsi qu’un duo surprenant (Midnight Sun) qui voit une succession d’échanges vocaux entre le ténébreux Mille PETROZZA et la vocaliste Sofia PORTANET. Cette dernière étant plutôt connue pour ses interprétations trip-hop et pop alternative. Il s’agit là d’un choix étonnant, d’autant que le thrash est à mille lieux de la scène plébiscitée par la jolie brune. Ces deux incursions en territoire inconnu pour KREATOR ne sont, rassurez-vous, par forcément significatives de la teneur du microsillon.

Pour preuves, les trois autres singles (Hate Über Alles, Strongest Of The Strong, Become Immortal) d’apparence assez classiques, tant structurellement que du point de vue de l’interprétation. KREATOR conserve son mordant sans s’en départir complètement, mais se veut ponctuellement plus mélodique, comme sur les soli lumineux, qui tranchent avec ceux de Phantom Antichrist, ou sur les lignes de chants régulièrement plus douces. Ce contraste est assez intéressant. Initié par son prédécesseur, Gods Of Violence, il laisse plus de place à des variations atmosphériques qui renforcent certains concepts abordés. Rien n’est tout noir ou tout blanc dans ce monde. Et, au travers des péripéties de 2020 et 2021, peut-être aussi celles de ce premier semestre 2022, le quartet s’est rendu compte de cela et la colère du passé a fait place à une certaine résilience face aux événements récents et à la pensée des cataclysmes futurs (Demonic Future, Dying Planet).

Cependant, la rage est toujours là et soutenue par une pléthore de guests plus ou moins proches du groupe, comme, entre autres, les vocalistes Max GRÜBER (DRANGSAL) et Brendan REDIGAN (SUMMERLAND) sur Sergio Corbucci Is Dead et Conquer And Destroy, le cornemusiste Marco ERNST (IN EXTREMO) ainsi que les chanteurs Jake ROGERS (VISIGOTH) et Jason TARPEY (ETERNAL CHAMPION) ou bien les sympho deatheux de FLESHGOD APOCALYPSE sur les parties orchestrales de Sergio Corbucci Is Dead ou Dying Planet. Pour la liste complète des people, veuillez voir les détails sous cet article. La jet set du metal s’est donnée rendez-vous en studio pour tout défoncer. Ou presque. Car, bien que la colère animant Mille PETROZZA soit toujours de la partie, force est de constater qu’en prenant de l’âge, le monsieur s’assagit progressivement, préférant régulièrement jouer sur les ambiances, quitte à choquer la masse de ses supporters. Ce fût le cas avec Death Becomes My Light, c’est encore le cas avec Sergio Corbucci Is Dead, Midnight Sun, Crush The Tyrants, Become Immortal, Pride Before The Fall. Que ce soit via des parties de grattes acoustiques ou extrêmement mélodiques, des accalmies relatives, des percussions tribales, des lignes de chant plus douces, toutes les combines sont bonnes pour apporter plus de grandiloquence et d’éloquence, voire une altération malsaine, tel cet emprunt au black metal sur les derniers instants de Dying Planet où l’on peut aisément se croire sur un album de THE SINS OF THY BELOVED ou d’IMMORTAL, tant au niveau des rythmiques que des transitions parlées qui apportent une aura pesante à l’ensemble.

Toutefois, la plupart des onze pistes qui constituent cette énième pièce maîtresse dans la discographie de KREATOR s’avèrent être d’une efficacité imparable, alternant vélocité et torpeur, brutalité et légèreté, ce qui donne une autre dimension à la musique du groupe qui, pour l’occasion, se fait plus théâtrale que sur Gods Of Violence. Comme si Mille et ses sbires avaient cherché à reproduire cette comédie qu’est la civilisation humaine qui ne jure que par les masques sociaux, d’où cet aspect mystérieux quasi-« carnavalesque ». Haut-en-couleurs et consistant, Hate Über Alles mise sur cette ambivalence de notre espèce qui se dissimule derrière de faux-semblants pour ne pas assumer ses erreurs commises quotidiennement et qui mènent doucement mais sûrement à la sixième extinction de masse, d’où la piste finale Dying Planet. Tous nos comportements destructifs ont des conséquences non seulement sur nous-mêmes, mais aussi sur toutes les formes de vies qui nous entourent. Nos pêchés sont à la source de notre anéantissement prochain. Notre inertie maladive à ne pas résoudre les problèmes séculaires et notre absence de jugeote quant à nos choix de délégations de nos pouvoirs personnels nous amènent sempiternellement à la même conclusion : notre fierté mal placée (Pride Comes Before The Fall) et notre soif de pouvoir (Crush The Tyrants) nous conduisent à écarter toute spiritualité (Killer Of Jesus). De facto, la haine se répand (Hate Über Alles) nous poussant à un sentiment de supériorité que nous voulons à tout prix conserver (Strongest Of The Strong), quitte à anéantir l’autrui qui nous dérange de par sa différence (Conquer And Destroy). Cette croyance erronée à nous considérer comme divinEs nous fait tomber dans l’illusion de l’immortalité (Become Immortal). Mais, le crépuscule surgit (Midnight Sun), nous ne le voyons pas. Il est déjà trop tard pour réfléchir et faire machine arrière, un avenir peu joyeux frappe déjà à notre porte (Demonic Future, Dying Planet).

Tel Jean de Jérusalem qui, dans ses prophéties, annonçait une destinée funeste en cet an mille après l’an mille dans lequel nous baignons actuellement, KREATOR tente tant bien que mal d’éveiller les consciences au travers de versets accablés pour décrire ce qui nous attend si nous persistons dans ce laxisme puant et nos erreurs pourtant évidentes que nous continuons à ne pas voir malgré leur clarté. Ce faisant, le combo a décidé de ne pas faire dans la culpabilisation excessive, plutôt dans la responsabilisation pédagogique en éclairant notre lanterne sur notre cheminement vers cette finalité inéluctable qu’est la mort de tout. Cette succession de morceaux musclés qui secouent les pruniers que nous sommes et de titres apparemment plus paisibles mais qui se révèlent en fin de compte assez angoissants décrivent bien le présent : de trop courtes trêves prestement remplacées par de longues heures d’errances dans les ténèbres de la souffrance collective, de l’obscurantisme nauséabond et le ridicule effroi d’agir pour construire un monde meilleur. Hate Über Alles est l’actualisation de l’énormissime Heaven And Hell de BLACK SABBATH qui, il y a une quarantaine d’années, décrivait déjà l’enfer et le paradis comme des mirages cristallisés de nos propres comportements ou ceux de nos semblables qui peuvent établir l’un ou l’autre des paradigmes dans ce plan dimensionnel. L’enfer de Dante ou le septième ciel. Les deux options sont interchangeables en fonction de nos réactions et nos façons de penser, leurs résultats également. Violence nécessaire et douceur hypocrite : voilà les ingrédients pas si secrets de ce quinzième et presque parfait cocktail (molotov) qui explose littéralement en bouche lorsqu’on le déguste pour la première fois, de nombreuses nuances le rendant vraiment très intéressant. Si vous êtes fans des feux d’artifice, jetez-vous sur les mortiers Hate Über Alles, Killer Of Jesus, Crush The Tyrants, Demonic Future et Dying Planet. Si, a contrario, vous êtes du genre fleur bleue, plébiscitez Strongest Of The Strong, Become Immortal, Conquer And Destroy, Midnight Sun et Pride Comes Before The Fall. Et si vous appréciez de vous en prendre plein la gueule tout en faisant du crochet, l’intégralité de la rondelle est faite pour vous. Plus varié que son prédécesseur, Hate Über Alles n’en est pas moins électrisant. Empruntant autant au western spaghetti qu’à la Vierge de Fer, les clins d’œil à d’autres formations ou sous-genres du metal sont légion. Je vous laisse découvrir ces « easter eggs » par vous-mêmes, les Indiana Jones en herbe. Hate Über Alles n’est ni plus ni moins qu’un miroir de ce que nous sommes en tant qu’individus, en particulier, et que civilisation, en général. Nous sommes un vieux gréement qui navigue tant sur un océan pacifique que dans les eaux troubles et qui, à l’opposé de cette énième galette des ferrailleurs teutons, ignore volontairement qu’il est en train de couler, à l’instar du Titanic. Hate Über Alles, lui, est un bâtiment fier et solide qui progresse précautionneusement, surfant sur la vague du changement en sachant s’adapter à toutes les situations. L’évolution est en marche pour KREATOR. Pour l’Humanité, rien n’est moins sûr. Dans tous les cas, voilà une exquise surprise qui ravira autant les fans de la première heure que les adeptes du heavy metal traditionnel ou les blackeux(ses) bisounours.



Line-up :

Mille PETROZZA (chant, guitares)
Sami YLI-SIRNIÖ (guitares)
Frédéric LECLERCQ (basse, pré-production)
VENTOR (batterie)


Equipe technique :

Artur RIZK (production, enregistrement, mixage)
Sasha BÜHREN (mastering)
Kian MOGHADDAMZADEH (ingénierie du son)
John POWERS (ingénierie du son)
Timo REHMANN (ingénierie du son)
Markus GANTER (pré-production)
Mark GÖRTZ (pré-production)
Dominic KEVOPOULOS (pré-production)
Phil SUNDAY (pré-production)
Konrad BETCHER (pré-production)
Eliran KANTOR (artwork pochette)
Jan MEININGHAUS (design livret)
Christoph VOY (photographie studio)
Sarah MAIDEN (photographie Bloodstock Festival)
Tim TRONCKOE (photographie Alcatraz Festival)


Guests :

Sofia PORTANET (chant sur Midnight Sun, chœurs sur Strongest Of The Strong)
FLESHGOD APOCALYPSE (parties orchestrales sur Sergio Corbucci Is Dead et Dying Planet)
Artur RIZK (guitares twang additionnelles sur Sergio Corbucci Is Dead)
Max GRÜBER (chœurs sur Sergio Corbucci Is Dead et Conquer And Destroy)
Brendan REDIGAN (chœurs sur Conquer And Destroy)
Matthias KASSNER (percussions additionnelles sur Crush The Tyrants)
Patrick BABOUMIAN (chœurs sur Strongest Of The Strong)
Marco ERNST (cornemuses sur Become Immortal)
Jake ROGERS (chœurs sur Become Immortal)
Jason TARPEY (chœurs sur Become Immortal)
Sterling PECK (chœurs sur Become Immortal)
Levi JONES (chœurs sur Become Immortal)
Dustin MOORE (chœurs sur Become Immortal)
Holton GROSSI (chœurs sur Become Immortal)
Kian MOGHADDAMZADEH (claviers sur Pride Comes Before The Fall)


Studios :

Enregistré, mixé, masterisé aux Hansa Studios et Studios Wong (Berlin, Allemagne)


Crédits :

KREATOR (paroles, musique)


Tracklist :

1. Sergio Corbucci Is Dead
2. Hate Über Alles
3. Killer Of Jesus
4. Crush The Tyrants
5. Strongest Of The Strong
6. Become Immortal
7. Conquer And Destroy
8. Midnight Sun
9. Demonic Future
10. Pride Comes Before The Fall
11. Dying Planet

Durée totale : 47 minutes environ


Discographie non-exhaustive :

- Endless Pain (1985)
- Pleasure To Kill (1986)
- Terrible Certainty (1987)
- Extreme Aggression (1989)
- Coma Of Souls (1990)
- Renewal (1992)
- Cause For Conflict (1995)
- Outcast (1997)
- Endorama (1999)
- Violent Revolution (2001)
- Enemy Of God (2005)
- Hordes Of Chaos (2009)
- Phantom Antichrist (2012)
- Gods Of Violence (2017)
- Hate Über Alles (2022)


Date de sortie :

- Vendredi 10 Juin 2022


Clips vidéo :

Hate Über Alles
Strongest Of The Strong
Become Immortal
Midnight Sun
COMMENTAIRES DES LECTEURS Vos commentaires, vos remarques, vos impressions sur la chronique et sur l'album
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Alain Le jeudi 28 juillet 2022
Merci pour cette chronique très fournie qui donne envie au fan intermittent que je suis de s'intéresser réellement à ce nouvel opus. Ayant littéralement aux charmes fort perfectibles des deux premiers albums, j'avais détesté l'approche trop plate à mon goût de Terrible Certainty et de Extreme Aggression, avant de succomber à l'équilibre parfait de Coma Of Souls. J'avoue avoir été favorable aux tentatives plus expérimentales, moins Thrash - certes loin d'être parfaites - de Renewal, Outcast et Renewal (avec au milieu le retour à la brutalité de Cause For Conflict). Il me semble qu'au 21ème siècle, KREATOR n'a produit aucun album raté, certains étant plus accessoires que d'autres, le savoir-faire sauvant souvent l'affaire. En tout cas, chapeau bas devant la persévérance du père Mille PETROZZA !
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